topblog Ivoire blogs

15 février 2012

Google se propose d'acheter votre vie privée

google.jpg
Google propose aux internautes américains de les rémunérer pour espionner ce qu'ils font de leur accès à internet. Ils pourront installer un module sur le navigateur de leur ordinateur, ou, pour un gain financier très supérieur, installer chez eux un routeur qui analysera tout le trafic provenant de tous les appareils connectés.

Quelle valeur monétaire accorder à sa vie privée ? Google vient de lancer un programme baptisé Screenwise, qui propose aux internautes de se laisser espionner leur navigation sur Internet en échange d'une maigre compensation financière : un code de réducation de 5 $ chez Amazon à l'inscription, puis 5 $ par trimestre pendant un an. Soit au maximum 25 $.  Pour ce prix, les internautes devront installer une extension sur leur navigateur "qui partagera avec Google les sites que vous visitez et comment vous les utilisez".

Mais cette méthode a ses limites. Rien n'empêche d'utiliser un autre navigateur, et le procédé ne permet pas de saisir ce que font lesscreenwisepanel.png internautes de leurs smartphones, qui prennent une place croissante dans la navigation sur Internet.

C'est donc pour cela que, de façon plus discrète, Google s'est associée à la société de sondages et d'analyses Knowledge Networks, pour proposer aux internautes d'installer chez eux un routeur Cisco qui analysera tout le trafic passant par leur accès à internet. Toutes les données seront ainsi enregistrées et analysées, y compris celles des utilisateurs se connectant par exemple au réseau Wifi du foyer, ou celles des onglets ouverts dans un mode de navigation privée.

Il n'y a théoriquement aucune limite, seulement la promesse que les données seront anonymées. Or l'on sait que les données anonymées peuvent souvent être dés-anonymées par simples recoupements.

"Certains utilisateurs de Knowledge Networks se sont vus proposer de faire partie des 2 500 premiers foyers de l'étude, qui rapporterait 100 $ immédiatement puis 20 $ par mois", rapporte Techcrunch.

La proposition de Google rappelle évidemment l'offre de DPI d'Orange, qui propose aux internautes français d'espionner leur navigation, pour le moment contre la seule promesse de publicités mieux cilbées (mais demain, il s'agira certainment d'offrir des abonnements moins chers à ceux qui acceptent de vendre leur vie privée). Le parallèle n'a pas échappé à Reflets, qui note qu'au moins dans le cas d'Orange, les choses ont été préparées en concertation avec la CNIL, avec certaines garanties :

Ce n’est en revanche, à notre connaissance, pas le cas pour Screenwise. Nous n’avons pas connaissance d’un rapprochement entre la CNIL et Google sur ce projet et donc pour le moment bien peu de garanties sur l’anonymisation des données collectées, leur stockage, leur traitement (revente ou partage avec des « partenaires » par exemple), ni ce que couvre la collecte en terme de contenus. Orange précisait que les données relatives aux opinions politiques ou religieuses par exemple étaient de fait exclues pour se conformer à la loi Informatique et Libertés.

Et sans doute n'est-ce qu'un début. Facebook vient de demander son introduction en bourse avec une valorisation de 100 milliards de dollars, en basant son modèle économique essentiellement sur la connaissance qu'il a des centres d'intérêts de ses utilisateurs. Il est donc attendu que des entreprises soient prêtes à payer ces utilisateurs pour obtenir les informations qu'elles pourront revendre aux mieux offrants.

Articles de Guillaume Champeau publiés par Mondialisation.ca

Espionnage et propagande avec Facebook, Twitter


clavier espion.jpg
Une nouvelle étude parue dans le 2012 Intelligence Studies Yearbook, publié par le Mediterranean Council for Intelligence Studies (MCIS) indique que l’utilisation des médias sociaux constitue « la nouvelle façon avant-gardiste de recueillir des renseignements tactiques à l’aide de logiciels libres ». Joseph Fitsanakis d’IntelNews.org, co-auteur de l’étude, écrit :

Nous expliquons que les agences de renseignement voient de plus en plus Facebook, Twitter, YouTube, et une foule d’autres plateformes de réseautage comme des façons inestimables d’acquérir des informations. Nous basons nos conclusions sur trois récentes études, lesquelles, selon nous, mettent en lumière la fonction des réseaux sociaux dans la collecte de renseignement. (Joseph Fitsanakis, Research: Spies increasingly using Facebook, Twitter to gather data, intelNews.org, 13 février 2012)

L’étude ne mentionne toutefois pas que les agences de renseignement utilisent les médias sociaux à d’autres desseins. L’étude porte à croire que les médias sociaux servent uniquement à la collecte de renseignement, alors qu’en réalité, de nombreux reportages ont démontré qu’ils sont utilisés à des fins de propagande et pour la création de fausses identités utilisées dans des opérations clandestines. Ces pratiques sont explorées dans des articles publiés en 2011 sur Global Research (Army of Fake Social Media Friends to Promote Propaganda, Social Media: Air Force ordered software to manage army of Fake Virtual People et Pentagon Seeks to Manipulate Social Media for Propaganda Purposes).

L’étude du MCIS est en partie basée sur le « printemps arabe », lequel aurait « incité le gouvernement étasunien à commencer à développer des directives pour puiser des renseignements sur les sites de réseautage ». (Ibid.)

Encore une fois, on omet de mentionner un fait : le gouvernement étasunien offre des « formations d’activiste » à des étrangers afin qu’ils déstabilisent leur pays d’origine. Dans son dernier article, Egypt: US-funded Agitators on Trial: US "Democracy Promotion" = Foreign-funded Sedition, Tony Cartalucci explique cette tactique.

La « cyberdissidence » est organisée entre autres par Freedom House, liée à la CIA. Le premier événement sur le liberté humaine du Bush Institute, co-commandité par Freedom House, s’intitulait « La conférence des cyberdissidents : succès et défis internationaux ».

La conférence sur les cyberdissidents a souligné le travail, les méthodes, le courage et les accomplissements de ses huit conférenciers invités provenant de sept pays. Dans cinq d’entre eux la liberté est disparue (tous jugés « non libres » par Freedom House) : la Chine, Cuba, l’Iran, la Syrie et la Russie. Dans les deux autres la liberté est en péril (tous deux jugés « partiellement libres » par Freedom House) en raison d’un gouvernement autoritaire accumulant davantage de pouvoir, comme au Venezuela, ou de la menace de groupes terroristes nationaux, comme en Colombie. (The Conference on Cyber Dissidents: Global Successes and Challenges, The George W. Bush Presidential Center.)

Les pays où la « liberté est disparue » et qui sont des alliés des États-Unis, comme l’Arabie Saoudite et Bahreïn, ne figurent pas sur la liste. Le seul allié que l’on mentionne est la Colombie et la liberté y serait menacée non pas par le gouvernement mais par des groupes terroristes. Le gouvernement colombien a toutefois été accusé d’espionner ses journalistes et la Commission interaméricaine des droits humains a déclaré que la liberté d'expression « existe à peine » en Colombie.

Le but de la “formation d’activiste” par les ONG étasuniennes est de déstabiliser les ennemis politiques des États-Unis au nom de la liberté. La « cyberdissidence » est ensuite employée par les agences de renseignement dans le cadre d’opérations clandestines.

Julie Lévesque