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03 avril 2013

Raila Odinga : Alors pourquoi avait-il fait tant de misères à Laurent Gbagbo ?

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L'Histoire parle, mais avec une sacrée dose d'ironie

L'ancien Premier ministre kenyan, candidat malheureux au dernier scrutin présidentiel dans son pays, a finalement accepté sa défaite. En se pliant à la loi d'airain de la Constitution de son pays. Il n'avait pour autant pas eu d'égards pour la Loi fondamentale ivoirienne, dans le cadre de laquelle il a été un médiateur à la fois éphémère et partisan… D'une certaine manière, l'argumentaire qu'il déploie rend justice au «réprouvé de Scheveningen».

Non seulement l'Histoire parle, mais elle est dotée d'une sacrée dose d'ironie ! Près de deux ans après la fin tragique de la crise post-électorale ivoirienne, l'ancien Premier ministre kenyan Raila Odinga rend justice à la démarche politique du président Laurent Gbagbo.

Pour rappel, Raila Odinga avait appelé au départ du pouvoir de Gbagbo, pourtant déclaré élu par le Conseil constitutionnel, dès le début du contentieux consécutif au second tour de la présidentielle ivoirienne de 2010. Ce qui n'avait pas empêché l'Union africaine de le désigner comme médiateur. Bien entendu, Odinga avait usé de cette position pour prendre outrageusement partie pour celui qu'il appelait «le président élu Alassane Ouattara», au point d'être récusé par le camp de celui qu'il désignait par l'appellation «monsieur Laurent Gbagbo» et qui, disait-il, l'avait «déçu» pour avoir refusé de lever le «blocus» de l'hôtel du Golf. Le 12 avril 2011, Raila Odinga continuait d'enfoncer Gbagbo en s'indignant de ce qu'il avait refusé «toutes les offres», y compris un poste d'enseignant aux Etats-Unis, en échange de sa capitulation.

C'est le même Raila Odinga qui s'est retrouvé candidat à l'élection présidentielle de cette année dans son pays, le Kenya. En 2007-2008, le Kenya avait été secoué par une crise postélectorale, Mwai Kibaki, le président sortant, et Raila Odinga, principal opposant, se considérant tous les deux vainqueurs. Au final, cette crise a été réglée, après plus d'un millier de morts, par une formule mêlant partage du pouvoir et programme de réformes institutionnelles.

En cette année 2013, Odinga, Premier ministre sortant, était face à Uhuru Kenyatta, fils de l'ancien président Jomo Kenyatta. Et la Commission électorale a publié des résultats provisoires donnant Uhuru Kenyatta vainqueur, au terme d'un processus autrement plus régulier que celui qui a poussé le président de la CEI ivoirienne, Youssouf Bakayoko, à déclarer Ouattara en tête, de manière unilatérale et en violation totale du Code électoral.

Contrairement à son attitude dans le cadre de la crise ivoirienne, où il a fait mine de considérer comme élu de manière définitive le candidat déclaré en tête par la Commission électorale, Raila Odinga, s'estimant lésé, a déposé des recours devant la Cour suprême, équivalent du Conseil constitutionnel ivoirien. Comme Gbagbo !

Comme Gbagbo, il a fait état de bureaux de votes où le nombre de votants était supérieur au nombre d'inscrits – même s'il ne s'agissait que de dizaines de bureaux, loin des milliers de procès-verbaux litigieux du scrutin ivoirien.

Comme Gbagbo, il espérait de l'arbitre du jeu politique dans son pays, qu'il «renverse» les résultats provisoires. On est donc en droit de se demander ce que lui, et la «communauté internationale» qu'il représentait, reprochaient à Gbagbo et à sa démarche légaliste !

En effet, si l'on doit constater qu'Alassane Ouattara, en se proclamant vainqueur de manière unilatérale et en allant jusqu'à orchestrer une parodie de prestation de serment, a violé la Constitution, l'on est obligé de noter – même si on conteste intellectuellement la logique juridique du Conseil constitutionnel de l'époque – que Gbagbo a respecté de manière scrupuleuse l'esprit et la lettre de la Loi fondamentale. Y compris quand, régulièrement investi, il a ouvert la voie à un recomptage des voix qu'il pouvait ordonner en se servant de l'article 48 de ladite Loi fondamentale...

Doit-on rappeler qu'Odinga a refusé de considérer Kenyatta comme «président élu» avant le verdict de la Cour suprême ? La Cour suprême en question a finalement tranché et proclamé Uhuru Kenyatta vainqueur du scrutin, à la suite de l'examen des recours.

Ravalant sa déception, Raila Odinga a accepté sa défaite en se livrant à un plaidoyer vibrant en faveur de l'Etat de droit, diffusé notamment à travers son compte Twitter : «Ma foi dans le constitutionnalisme demeure intacte. En tant que nation, nous devons aller en avant dans notre détermination à réformer notre vie politique et nos institutions. Le respect de la suprématie de la Constitution dans la résolution de nos différends est la meilleure fondation de notre société démocratique.» On croit rêver !

Ces propos d'Odinga arrivent comme en écho à ceux tenus par Gbagbo le 28 février dernier, lors de son intervention à la Cour pénale internationale. «Nous avons besoin de la démocratie […]. Mais la démocratie ce n'est pas seulement le vote, c'est qui dit le vote. Qui dit le résultat du vote. C'est ça aussi la démocratie. […] La démocratie, c'est le respect des textes, à commencer par la plus grande des normes en droit qui est la Constitution. Qui ne respecte pas le Constitution, n'est pas démocrate. Madame, c'est parce que j'ai respecté la Constitution que je suis ici. Alors je suis là, mais je compte sur vous. Je compte que vous parce que je souhaite que tous les Africains qui me soutiennent et qui sont tout le temps ici devant la Cour, devant la prison, qui sont dans leurs pays en train de manifester, en train de marcher, tous ces Africains-là, qu'ils comprennent que le salut pour les Etats africains, c'est le respect des Constitutions que nous nous donnons et des lois qui en découlent.»

Franck Toti

Le Nouveu Courrier

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