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31 mars 2013

Sécurisation de l’Ouest / Conflits fonciers, occupations des forêts, attaques répétées… On joue avec le feu !

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Depuis la fin de la crise postélectorale, l’ouest ivoirien connaît des convulsions qui ont atteint leur paroxysme entre juillet et août 2012 avant de connaître une certaine accalmie. En 2013, contre toute attente et au moment où plusieurs réfugiés rassurés par les autorités ivoiriennes ont fait leur retour du Liberia voisin, des attaques meurtrières sont venues contrarier ce mouvement de retour. EN L’ESPACE de deux semaines, dans le même mois de mars 2013, trois attaques ont fait entre dix et seize morts. Plusieurs dégâts matériels dont la destruction d’habitations ont été enregistrés. Dans le seul village de Zilébly, un correspondant de presse a constaté près de 275 maisons incendiées, appartenant principalement à des allogènes burkinabé.

Le gouvernement ivoirien qui était resté discret face à cette situation dramatique est finalement monté au créneau à travers le ministre auprès du Président de la République chargé de la Défense, Paul Koffi Koffi. Au terme d’une réunion avec les commandements des forces en présence (Onuci, Licorne, Frci), Paul Koffi Koffi s’est plutôt voulu rassurant sur ce qu’on pourrait qualifier de ‘‘drame de l’ouest’’. ‘’Nous sommes dans une période où les eaux du fleuve Cavally sont en baisse et cela favorise la traversée à pied des mercenaires et miliciens dont de grands noms ont été mis hors d’état de nuire. Cela démontre que nos forces sont présentes. Il s’agit maintenant de voir comment renforcer ce dispositif avec l’Onuci qui a donné son accord pour que nous renforcions les patrouilles et nous déployions le maximum d’éléments pour sécuriser la région et rassurer les populations. Mais nous sommes en parfaite collaboration avec les forces libériennes, de l’autre côté de la frontière’’, a déclaré le ministre en charge de la Défense.

Qu’à cela ne tienne! Mais une petite étude parcellaire de ce passage fait ressortir quelques préoccupations. ‘‘LES POSTES FRONTIÈRES SONT DÉSERTS’’ Des informations que nous recevons de l’Ouest, il est indéniable que la porosité de la frontière avec le Liberia est l’un des facteurs de la récurrence des attaques. Des témoignages concordants font état de ce que les assaillants font des incursions par des chemins insoupçonnés en traversant le fleuve Nion. Ils marchent sur les rochers formant des dômes sur le plan d’eau fluvial pour atteindre le territoire ivoirien. Mais de là, à leur imputer toutes les attaques, relève d’une déduction biaisée. C’est tous les facteurs qu’il faut prendre en compte dans ce dossier. En outre, on n’est pas à la première attaque dans cette région. On se souvient qu’en 2012, 7 soldats onusiens du contingent nigérien y avaient péri dans une embuscade. Les résultats de l’enquête sur l’identité des tueurs n’est pas à la disposition du grand public. A cette époque, le gouvernement avait annoncé un plan de sécurisation avec la mise en place du bataillon de sécurisation de l’Ouest (Bso).

L’Onuci et la Minul (mission des Nations unies au Liberia) devaient y contribuer avec des patrouilles aériennes. A-t-on assuré la garde avec une veille permanente ? La résurgence des attaques mettent en doute toute réponse optimiste sur la question.La correspondante de Rfi qui a séjourné dans la région récemment y compris à Zilébly, épicentre des dernières attaques meurtrières, a fait un constat qui contrarie les assurances du gouvernement. ‘’Jusqu’à présent les contingents dans cette zone n’ont pas été augmentés alors qu’on sait que certains assaillants sont encore en brousse, ce qui ne rassure pas du tout les populations. Les moyens alloués aux Frci semblent bien minces alors que le gouvernement dénonce depuis plus d’un an une tentative de déstabilisation venant du Liberia. Les postes frontières sont déserts, les soldats sont sous-équipés ou en sous effectif, certains en viennent même à racketter les villageois’’, rapportait la correspondante de Rfi le 27 mars dernier, de retour d’une mission dans l’Ouest. Un autre confrère de la région interrogé par l’IA, a ajouté que les Frci qui contrôlent la frontière ne disposent que d’un seul véhicule.

Où sont donc passés les renforts et les grands moyens annoncés à chaque attaque ? dans son reportage, la consoeur de Rfi a confirmé l’existence de patrouilles de l’Onuci et de Licorne. Mais cela suffit- il à rassurer? ‘’La Côte d’Ivoire est avant tout un état souverain et la défense de son territoire devrait échoir à ses forces armées. Le mandat des forces onusiennes est essentiellement de protéger les civils. Ils ne seront jamais en première ligne pour contrer une éventuelle rébellion en provenance des pays voisins. Il ne faut donc pas croire en l’assurance de ces militaires et dormir sur ses lauriers. C’est à l’Etat de prendre à bras le corps ce problème en y apportant les réponses concrètes’’, analyse un observateur. LE MIWRO : RÉBELLION OU COUP DE BLUFF ? Depuis un moment, la presse ivoirienne dans sa diversité ne cesse d’attirer l’attention des autorités sur les vrais enjeux de la déflagration qui a cours à l’ouest.

Dans son édition du lundi 25 mars 2013, un confrère relayait la revendication des attaques par un groupe apparemment bien organisé et qui compte aller bien loin dans ses activités funestes : le Mouvement ivoirien des Wê pour le retour à l’Ouest (Miwro). Dans sa déclaration, ce groupe par l’entremise d’un certain général Guéi Flavien faisait remarquer ceci: ‘’c’est pour rappeler notre présence effective, notre détermination et notre sérieux que nous avons lancé l’expédition de Petit-Guiglo. Nous tenons à indiquer que c’était une expédition d’avertissement’’. Comme mobile de ces attaques, la ‘’rébellion’’ en gestation évoque le ‘’problème des terres’’ et le ‘’repeuplement de l’Ouest par des étrangers’’. Une expression qui stigmatise généralement l’exploitation des terres par des allogènes burkinabé. En stratégie militaire, on est habitué à ce genre de procédés qui n’émeuvent que les non initiés. Mais l’adage dit souvent qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

On peut donc négliger de telles menaces mais les prendre au sérieux et agir en conséquence ne serait pas aussi mauvais en soi. LES PROBLÈMES FONCIERS COMME ALIBI Il est de notoriété qu’à l’Ouest, les terres sont très fertiles et c’est la partie de la Côte d’Ivoire où on trouve encore des forêts primaires. Depuis la fin de la crise et même avant, les conflits fonciers y font rage. Des autochtones Guéré, selon des sources, ont souvent profité de la détresse de leurs frères exilés pour vendre leurs plantations ou portions de terre à des paysans allogènes originaires pour la plupart d’Afrique de l’Ouest. Les chasseurs traditionnels Dozo sont même cités parmi les acquéreurs de ces parcelles. Comment concilier les intérêts de ceux-ci avec ceux des propriétaires qui regagnent maintenant leurs villages avec le retour à la paix ? ‘’De la réponse à cette question, dépend l’apaisement dans cette partie du territoire’’, répond un cadre de la région.


S.Debailly

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