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21 mars 2013

Mauvaise gouvernance sous Ouattara : Le rattrapage tue le Vitib

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Le Village des technologies de l’information et de la biotechnologie, en abrégé Vitib a été créé en novembre 2006 pour exploiter la Zone Franche de Grand-Bassam elle-même créée par la loi du 30 août 2004. Le Vitib avec un capital de 3.000.000.000 Fcfa ambitionnait de créer à terme, 40.000 emplois. En plus du prêt indien de 10 milliards obtenu avec le gouvernement indien sous le Président Laurent Gbagbo, ce sont 18 milliards additionnels qui ont été obtenus en mars 2009. Ce beau projet qui tenait tant à cœur au Président Laurent Gbagbo est aujourd’hui menacé de disparition faute de transparence, de vision et pour mauvaise gouvernance.


Effets dévastateur de la politique de rattrapage ethnique
Koné Nabagné Bruno fraîchement nommé ministre des Ptic n’a pas pris le temps de comprendre le projet avant de courir à la Primature et à la Présidence pour réclamer la tutelle d’une entreprise privée et régie par l’Ohada. Le Vitib, c’est seulement 10% de parts de l’Etat de Côte d’Ivoire et moins de 40% pour l’Etat et ses démembrements tels que Atci, Sir, Petroci, etc.
Sans vérifier les textes du Vitib et les lois de la Zone Franche, Soro alors Premier Ministre et Ouattara s’accordent et transfèrent la tutelle de la société au ministère des Postes, télécommunication, internet et communicative (Ptic). Il leur a été dit qu’elle était rattachée à la Présidence de la République et qu’il fallait la mettre désormais sous la tutelle du Ministère de Ptic, ainsi sans vérification, une entreprise privée qui ne pouvait donc pas être rattachée à la Présidence et qui est régie par Ohada est mise sous la tutelle du ministre des Ptic. Il aurait pu en être ainsi pour n’importe quelle compagnie privée avec une faible participation de l’Etat. Pourquoi Koné Bruno qui a été Dg de Citelcom sachant par exemple que l’Etat y a 48% des parts n’a pas demandé que cette structure soit sous sa tutelle au lieu de se retrouver phagocytée de force par Orange? En fait, il pensait que le Vitib était une société d’Etat. Après avoir commis son forfait et s’étant rendu compte de la gaffe, il a annoncé lors d’un point de presse qu’il opterait pour la nationalisation de la société. Deuxième gaffe, car la loi de la Zone Franche et le décret d’application interdisent la nationalisation de toute société dans la Zone Franche afin de ne pas effrayer les investisseurs qui y accourent. Pire comment peut-on être le Porte-parole d’un gouvernement libéral et préconiser la nationalisation ?

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Après avoir obtenu le « transfert de tutelle », dès le 1er Juillet 2011, Bruno Koné court à Vitib pour marquer ses territoires et faire barrage aux velléités de Charles Koffi Diby qui avait déjà illégalement pris des arrêtés pour nommer Seri-Assia Jérôme comme Pca et Fadiga Kaladji comme Dg. Rappelons-le, Vitib est une entreprise privée où l’Etat a 10% des actions et est gouverné par l’Ohada. Lors de sa visite début juillet 2011, Koné Bruno promet aux employés de Vitib, une nouvelle gouvernance et reconnait que le projet de Gbagbo est un très bon projet, et que le problème de la structure était un problème de gouvernance. Il revendique avoir été de ceux qui ont soutenu la création du projet quand il était le Dg de Citelecom. Koné Bruno qui n’a jamais reconnu le Pca illégal de Charles Koffi Diby se voit proposé Aka Boni Léon comme Pca par Ouattara.


Aka Boni Léon, un Pca d’une autre ère à la tête d’une entreprise High Tech
Pdg de Iintelci puis de Citelcom ancêtre de Côte d’Ivoire Télécom de 1970 à 1995, une époque où en Afrique et presque partout dans le tiers monde, il n’y avait ni Internet, ni email, le neveu d’Houphouët-Boigny a été l’un des dirigeants de télécom les moins performants du continent. Pendant son règne à Citelcom, on pouvait attendre plus de 4 ans pour avoir une ligne de téléphone fixe. Il exigeait à un nouveau locataire, de payer les arriérés de factures téléphoniques de son prédécesseur dans le local avant de réactiver la ligne téléphonique existante ! Il signait personnellement toutes les demandes d’attribution de ligne de téléphone. Voilà pourquoi on pouvait attendre plus de 4 ans pour avoir une ligne de téléphone. Cela explique aussi en partie, le succès de la téléphonie mobile dans le pays. Ses souvenirs en technologie remontent à la téléphonie rurale et au fax. Il adore le minitel à Paris, mais n’a jamais pu faire le lien avec Internet. A ce jour, il n’a ni email, ni ordinateur dans son bureau. Comment peut-il définir la stratégie d’un village de technologie ? Pendant qu’il était le tout puissant Pdg de CiTelcom, il n’y avait ni audit ni obligation de résultats.


Comment a-t-il pu être proposé par Ouattara himself comme Pca de Vitib ?
Tout neveu d’Houphouët qu’il est, il a été renvoyé sans droit par Henry Konan Bédié en 1995. Frustré, il a déposé ses valises au Rdr devenant ainsi un des premiers membres la famille Houphouët à militer dans ce parti, dissident du Pdci-Rda. Il est le propriétaire de l’hôtel Pergolat où il fait tenir illégalement des Conseils d’administration du Vitib et se fait payer. Il se vante à qui veut l’entendre, d’avoir abrité dans son hôtel, des réunions secrètes du Rhdp.


Il est tout sauf un gestionnaire
Dès son arrivée à Vitib, rattrapage ethnique oblige, il fait recruter sa nièce et une « amie intime » Mme Varango qui semble avoir des amitiés intimes avec tous les régimes, comme juristes. Cette dernière bien que consultante assurera les intérims du Pdg, oui du Pdg, car Aka Boni s’est arrangé au vu et su de Koné Bruno, pour cumuler temporairement, les fonctions de Dg et de Pca de Vitib, en attendant le recrutement d’un Dg et après avoir unilatéralement mis fin à l’intérim du Dg intérimaire choisi par le Conseil d’administration. Mme Varango Mireille, née Doukouré sœur cadette de Doukouré Moustapha ex maire de Yopougon, jouit de ses relations privilégiées avec Aka Boni pour réactiver son contrat de consultante juriste avec un salaire de plus de 2.000.000 Fcfa par mois plus les autres avantages. Elle obtient un véhicule mis à sa disposition bien que son contrat ne le lui permet pas. Quand ce véhicule n’est pas disponible, Aka Boni préfère lui céder le véhicule de fonction qui revient normalement au Dg, mais qu’il a confisqué. Dame Varango doit véritablement être indispensable à la société. Les projets de rapport du commissaire aux comptes Pwc qui indiquaient qu’elle avait trop perçu sous l’ancienne gouvernance ont été très miraculeusement corrigés sans qu’elle n’ait eu à rembourser ce qu’elle devait. En tout cas, Mme Varango qui a été à la fois proche de Seydou Diarra à Chocodi et de Laurent Gbagbo, tire bien son épingle du jeu quel que soit le pouvoir. Aka Boni n’hésite pas à exiger des comptables de la société d’augmenter le salaire de sa nièce seulement un mois après son embauche. Il se bat et obtient du ministère et des administrateurs de la société, une augmentation de son propre salaire. Il touche plus de 4.000.000 Fcfa par mois en net, plus les autres avantages. Finis les tapages médiatiques où on publiait les salaires des Dg et Pca de l’ère Gbagbo et on promettait un maximum de 2.000.000 Fcfa comme salaire des Pca.


L’appel à candidature, de la poudre aux yeux.
Koné Bruno a maintes fois répété devant la presse que le nouveau Dg de Vitib sera choisi par appel à candidature. Le ministre qui a eu le temps de déchanter du projet Vitib, a commencé à prendre ses distances avec le projet et n’a pas de toutes les façons, d’emprise sur ce baron du Rdr et de loin son ainé dans les télécoms. Ainsi, Aka Boni ruse avec l’appel à candidature en faisant nommer un de ses poulains qu’il a fait venir du Canada. L’appel d’offres organisé par un cabinet local à la demande du ministère des Ptic (?) n’a pas respecté les critères des candidatures. Des personnes qui ne remplissaient pas du tout, les conditions ont été interviewées. Pango Philippe protégé de Aka Boni qui lui échappera très tôt a été imposé en violation des résolutions du Conseil d’administration de Vitib où les administrateurs avaient très majoritairement exigé que les Cv des trois candidats retenus leurs soient proposés afin qu’ils choisissent le directeur général de la société. Rien ni fit, Pango était le choix de Aka Boni et Bruno a laissé faire.


Pango Philipe, un «inventeur» là où il n’y a plus rien à inventer
Avec la nomination de Philippe Pango en mai 2012, Bruno Koné devrait avoir tenu la promesse faite aux employés de Vitib en juillet 2011 de leur donner la gouvernance qu’il faut pour faire avancer ce beau projet de Laurent Gbagbo. Tard vaut mieux que jamais a-t-on coutume de dire. Notons qu’il a fallu presqu’un an à Koné Nabagné Bruno pour mettre en place, la nouvelle direction de Vitib après le départ de l’ex Pdg puis Pca Kragbé Gadou Vincent et du Dg Demba Traoré remerciés illégalement parce qu’ils sont proches de l’ancien régime. Pango Philippe puisque copté par Aka Boni, va servir de bras séculiers pour régler ses comptes. Ainsi donc le Daf, le Cto et le Dg par intérim seront remerciés en même temps que tous ceux qui avaient été recrutés par l’ex Dg Demba Traoré. Même les chauffeurs ne seront pas épargnés. Motif officiel, chômage économique. Et pourtant, au même moment le Pca , et le Dg obtiennent du Conseil d’administration une augmentation de leurs salaires. C’est le lieu de rappeler ici aussi que contrairement à ce que les journaux proches du pouvoir dénonçaient, Pango Philippe est payé à plus de 5.500 000 Fcfa net par mois, plus les avantages divers. Signalons que le cumul des salaires de l’ensemble du petit personnel licencié n’atteint guère le salaire de la consultante juriste sans compter que la société à des avocats pour défendre ses intérêts au tribunal de Grand-Bassam où elle se retrouve tous les mois en litige avec soit un opérateur économique, soit avec des ex employés. A son recrutement, il a été annoncé comme un inventeur à la tête du Vitib. Est-ce pour cela qu’il se sent obligé de réinventer la roue là où il fallait plutôt gérer ?


Le rattrapage, la règle d’or en Côte d’Ivoire
Pango Philippe ayant suivi à partir du Canada d’où il vient, la politique de rattrapage ethnique d’Alassane Ouattara, il a fait sienne cette nouvelle norme de gouvernance en Côte d’Ivoire. Premièrement, il embauche son frère consanguin comme chauffeur. Deuxièmement, il embauche après annonce dans un journal de la place, sa cousine qui était en fonction à Dakar comme son assistante. A-t-il oublié comment lui-même a été recruté ? L’appétit venant en mangeant, il décide de remplacer l’un des directeurs licenciés en recrutant un nouveau directeur qui n’est personne d’autre que son cousin ! Malheureusement entre temps, le torchon brûle entre lui et son bienfaiteur le Pca. Celui-ci informe le Conseil que le candidat proposé par le Dg est son cousin et que depuis son recrutement, il ne fait que recruter ses parents ! Quel poignard dans le dos ! Le Conseil d’administration n’a pas eu d’autres choix que de s’opposer au choix de Pango. Plus grave, le Pca dit ne pas avoir été associé au licenciement massif après chômage technique que le Dg venait de faire. Il s’ensuit une altercation et les administrateurs rappellent à l’ordre, le Pca et son poulain et ils leurs rappellent que cela rassemble à un passé pas trop lointain à Vitib qu’ils ne souhaiteraient pas revivre. Rebelote, Koné Bruno vient d’échouer. Car s’il y avait un problème de gouvernance à Vitib, il reste entier.


Les banques menacent le Vitib
Aka Boni qui se vante d’avoir été rappelé de sa retraite forcée depuis quinze ans, par Alassane Ouattara himself pour son efficacité, est le Pca de Vitib depuis le 7 octobre 2011, soit depuis 17 mois, et Pango lui nommé Dg depuis mai 2012, soit depuis 10 mois, et rien avance. Absolument rien. Sinon à reculons. Le Vitib est supposé créer des emplois, mais jusque-là, ils n’ont fait que licencier. En plus, des subventions de l’Etat, la société générait des revenus propres. Pire, les gouvernants actuels de Vitib n’ont pas été en mesure d’inscrire la subvention de 1 milliard par an au budget 2013, et seront donc au bon vouloir des payeurs qui prendraient des risques de faire des paiements non budgétisés ! Si cela est fait, ce serait tout sauf de la bonne gouvernance ! Quand le tandem Aka Boni – Philippe Pango est arrivé avec la bénédiction de Koné Bruno, ils ont trouvé 10 milliards de Fcfa de prêt EximBank India et 18 milliards de prêts Boad-Bidc en place. Des entreprises de renommée mondiale avaient commencé à opérer dans la Zone Franche (Hp, Orange Global Services, etc..). Aujourd’hui, ces entreprises fuient la Zone Franche, faute de visibilité et de transparence. Pire EximBank a suspendu sa ligne de crédit jusqu’à nouvel ordre, faute de bonne gouvernance. Pour rappel, le décaissement du prêt Boad-Bidc est conditionné par celui du prêt indien. C’est donc dire que les 28 milliards négociés et obtenus sous le Président Laurent Gbagbo malgré la guerre sont aujourd’hui menacés. Que vaut le Vitib sans ces prêts ? Violente question à Koné Nabagné Bruno qui disait le 1er juillet 2011, lors de son tour du propriétaire à Vitib que très peu a été fait depuis le lancement du projet en 2006. Mais est-il besoin de lui rappeler qu’il est ministre des Ptic depuis bientôt deux ans et que le Vitib est sous sa tutelle depuis sa nomination. Et ce si beau projet de Gbagbo au lieu d’avancer, recule pour n’être aujourd’hui que l’ombre de lui-même ?


Enise Kamagaté

Le Temps-21/3/2013

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