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07 février 2013

Mali. Paris n'est pas près de lâcher les commandes

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Malgré la tirade du président François Hollande, le 2 février à Bamako, expliquant que la France n'a "aucun intérêt matériel au Mali", Paris se prépare à retirer les dividendes de son action militaire contre les djihadistes dans ce pays. Non seulement le gouvernement français tente d'imposer son rythme dans la mise en œuvre de la feuille de route censée conduire aux prochaines échéances législatives et présidentielle, mais il se trouve également bien placé auprès des autorités maliennes pour gérer les nombreuses questions sécuritaires en suspens. Quant aux groupes hexagonaux, ils se positionnent déjà dans la perspective de futurs contrats. Analyse. 

Feuille de route aux forceps - Au Mali, la France ne s'implique par seulement militairement. Elle est entrée dans le jeu politique local en donnant le tempo de la normalisation institutionnelle rendue possible par les résultats de l'opération Serval. En ce sens, la visite éclair de François Hollande à Tombouctou puis Bamako visait surtout à presser les autorités du pays d'engager au plus vite la phase de transition par la tenue rapide des futures élections. Celles-ci sont prévues sur une période allant d'avril à juillet.

Cet agenda a constitué le cœur des discussions du chef de l'Etat français au déjeuner organisé avec son homologue Dioncounda Traoré, en présence des leaders politiques maliens Ibrahim Boubacar Keïta, Jeamille Bittar, Ibrahima N'Diaye, Mountaga Tall, Housseini Amion Guindo, Soumaïla Cissé... Mi-janvier, après d'amicales pressions, la France avait déjà obtenu du président Traoré qu'il entérine cette feuille de route via l'Assemblée nationale. Cette adoption s'est faite contre l'avis d'une frange majoritaire de la classe politique malienne et de l'ex-junte militaire, toutes deux favorables à une large concertation nationale. A l'instar de l'ancien premier ministre et patron du Rassemblement pour le Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, l'Assemblée nationale est largement considérée comme non représentative, le mandat des députés étant achevé depuis août 2012 selon la Constitution. Dans ses vœux à la nation, le 1er janvier, Dioncounda Traoré s'était pourtant engagé à ne pas saisir le Parlement.

Conseils en sécurité - En plus des aspects politiques et militaires stricto sensu, Paris fait également valoir son expertise en matière de sécurité. Objectif : aider les autorités maliennes à prévenir tout attentat ou opération suicide, notamment dans la capitale. Le 30 janvier, l’ambassadeur de France à Bamako, Christian Royer, s'est entretenu de ce sujet avec le secrétaire général de la présidence, Ousmane Sy. Le diplomate a remis, sous forme de propositions, un schéma général de lutte anti-terrorisme (LAT) portant sur une mission d'évaluation que piloterait la France en vue d'identifier les menaces potentielles. Intéressé, le palais de Koulouba a demandé un avant-projet plus complet. Au moment où les soldats français patrouillent dans tout Bamako, Paris représente par ailleurs un élément de dissuasion non négligeable vis-à-vis de l'ex-junte du capitaine Amadou Haya Sanogo. Ce dernier, hostile à toute intervention extérieure sur le territoire national, est muet et quasi-invisible depuis le déploiement militaire français. Ses sorties publiques se sont bornées à la visite de blessés à l'Hôpital Gabriel Touré. 

Retombées économiques - Sentant le contexte favorable, les opérateurs français n'attendent pas la normalisation de la situation pour s’engouffrer dans la brèche ouverte par l’intervention militaire. Selon nos sources, des représentants de Thales et GDF-Suez ont bravé les mesures de sécurité du Quai d'Orsay pour se rendre à Bamako, fin janvier, en mission de prospection. Des initiatives que le ministère français encourage conformément à la "diplomatie économique" prônée par Laurent Fabius. A l'instar d'Erys d'Arnaud Dessenne et Pierre Montoro, les sociétés privées hexagonales installées au Mali avant le début de la crise politico-militaire espèrent bien capitaliser sur leur présence. D'autres groupes comme EHC LLC, dirigé par le général à la retraite Jean-Pierre Perez, ont déjà soumis des offres de services à la présidence malienne. 

 

CAMEROONVOICE

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