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18 janvier 2013

Désengagement de l’Etat ivoirien. Ouattara lance la mise en vente des banques d’Etat

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Un courrier signé du Premier ministre, ministre de l’Economie et des Finances, Daniel Kablan Duncan, a été adressé jeudi dernier à toutes les structures sous tutelle, leur enjoignant de désigner des représentants en vue de statuer sur les contours de la privatisation des banques ivoiriennes.

Le chef de l’Etat ivoirien, au cours d’une de ses nombreuses visites en France, avait annoncé la liquidation des banques ivoiriennes. Ainsi la Banque nationale d’investissement (BNI), la Banque de l’habitat de Côte d’Ivoire (BHCI), la Banque pour le financement de l’agriculture (BFA), Versus Bank… sont concernées par le processus de privatisation déjà engagé. Il s’agit pour le pouvoir ivoirien de céder les parts qui reviennent à l’Etat à des privés. A cet effet, un courrier venu de la Primature exige des différentes structures sous tutelle, notamment les Directions générales du trésor, des impôts, de la douane, la direction des affaires administratives et financiers (DAAF) du ministère de l’Economie et des Finances… qu’elles désignent chacune deux représentants en vue de plancher sur le contenu du dossier d’appel d’offres qui sera soumis à des privés désireux de racheter les parts de l’Etat de Côte d’Ivoire.

Selon Alassane Ouattara qui avait déjà préparé l’opinion à cette mesure qui commence à prendre forme, les banques «ont constitué un terreau au dysfonctionnement du système bancaire public, gangrené par la corruption, le clientélisme et servant à financer des partis politiques».

Il est légitime, soutient-il, de faire sortir le secteur bancaire ivoirien de ces difficultés. Pour lui, ces établissements financiers ne doivent se concentrer que sur le monde des affaires, afin de pouvoir faire fonctionner l’économie du pays. Cependant, le retrait de l’Etat de nombre des sociétés qu’il contrôle ou dont il est actionnaire, en plus des banques citées plushaut, comme indiqué paruncommuniqué du conseil des ministres du 29 juin 2011, est-il souhaitable à ce stade de l’évolution de l’économie ivoirienne ?

Quand Don Mello mettait en garde…

Ahoua Don Mello, ex-directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), se référant à ce type d’expériences à l’époque où l’actuel chef de l’Etat était à la Primature, a fait une contribution publiée par Le Nouveau Courrier en septembre dernier :

«L’erreur sincère ou intentionnelle (c’est selon) de M. Ouattara n’a pas permis de guérir le mal contrairement à la Chine ou aux pays d’Asie et à certains pays d’Amérique du Sud mais a permis non seulement de dépouiller le pays de son économie ainsi que de sa souveraineté mais aussi elle a contribué à son immersion dans un océan de pauvreté et de dette. La politique de privatisation avait donc un objectif idéologique, économique et politique. Poussée par le vent libéral des années 1980, la Françafrique a caché son visage sous le masque de la bonne gouvernance et de la lutte contre la pauvreté pour faire main basse sur les économies naissantes par un contrôle direct des entreprises et des États et un dépouillement économique, politique et militaire des pays ciblés.

Le secteur privé érigé en panacée et moteur de la croissance s’est révélé le moteur des inégalités, de la dette et du chômage qui minent les États. Les solutions classiques de pillage économique telles que pratiquées à l’époque de l’esclavage et de la colonisation et qui reviennent avec de nouveaux prétextes avec les guerres de conquête économique (Afghanistan, Irak, Libye,Côte d’Ivoire, Syrie bientôt, etc.) ne donnent aucunrésultat face à la concurrence des pays émergents. Elles enrichissent les multinationales et appauvrissent les États et les peuples occidentaux qui votent périodiquement le changement pour se donner l’espoir d’un lendemain meilleur. C’est cette politique, dont on connaît tous les méfaits et limites, que M. Ouattara nous sert encore aujourd’hui. Comme hier, il va s’employer à son crime préféré : le bradage du patrimoine de la Côte d’Ivoire. Comme hier on sait qui vend mais sait-on vraiment qui achète ou rachète ?»

Gilles Naismon

Le Nouveau Courrier-17/1/2013

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