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29 juin 2012

Audience de confirmation des charges à La Haye: Les chances de Gbagbo

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Gbagbo peut-il s’en sortir ? C’est la question qui taraude les esprits des partisans de l’ancien chef de l’Etat ivoirien, à l’approche du 18 juin 2012. Date à laquelle s’ouvrira – sauf revirement, car la Défense de l’ex-président ivoirien a demandé un report – devant la Chambre préliminaire I, l’audience qui doit confirmer ou infirmer les charges alléguées contre l’exprésident ivoirien. Premier ex-chef d’Etat transféré devant la Cour pénale internationale (Cpi), Laurent Gbagbo est suspecté d’avoir commis en tant que « co-auteur indirect », des crimes contre l’humanité ayant pris la forme de viols, meurtres, actes inhumains et actes de persécutions, lors de la crise postélectorale du 16 décembre 2010 au 11 avril 2011, date de sa chute. Le collège d’avocats qui assure la défense de l’exprésident ivoirien aura cinq jours (du 18 au 22 juin selon le nouveau calendrier réaménagé des audiences, qui prévoyait initialement dix jours, jusqu’au 29 juin) pour tenter de démonter les uns après les autres, les éléments de preuves collectés par le Procureur près la Cpi, le Magistrat argentin Luis Moreno-Ocampo – il aura entre temps transmis le dossier ivoirien à son successeur, la Gambienne Fatou Bensouda – pour soutenir cette accusation. De leur côté, la présidente de la Chambre préliminaire I, la juge argentine Silvia Femandez de Gurmendi et ses deux assesseurs, l’Allemand Hans-Peter Kaul et la Belge Christine Van den Wyngaert devront apprécier, à l’issue des débats, s’il existe une base suffisante de preuves donnant des motifs substantiels de croire que Laurent Gbagbo a commis chacun des crimes qui lui sont imputés. Et par voie de conséquence, ouvrir un véritable procès qui n’interviendra que dans trois à quatre ans. Ou alors si les charges doivent être abandonnées à ce stade de la procédure, ce qui signifie que Laurent Gbagbo devra être relaxé ou à tout le moins bénéficier d’une mise en liberté provisoire. C’est donc là tout l’enjeu de cette audience, déjà qualifiée de « procès du (21ème) siècle ».

En effet, ce procès très attendu par le monde entier, marquera soit la restauration de celui qui aura combattu trente ans dans l’opposition politique, avec pour seule arme le « verbe » avant d’accéder au pouvoir d’Etat ; ou sonnera le glas de cet homme de 67 ans qui avait fait de la politique un métier. Et qui, à son accession au pouvoir d’Etat le 26 octobre 2000, avait suscité un immense espoir auprès des populations ivoiriennes et africaines, de voir un jour la Côte d’Ivoire et l’Afrique devenir un pays et un continent « libre, démocratique, prospère et émergeant ». Si pour ses pourfendeurs et ennemis, il n’y a aucun doute que Laurent Gbagbo n’échappera pas à un procès puis à une condamnation, il n’en est pas de même pour ses partisans et sympathisants. Pour qui l’ex-président de la République de Côte d’Ivoire a de réelles chances de sortir victorieux de ce combat politico-judiciaire, au regard de la confiance qu’ils placent en l’équipe de Défense de l’ex-président ivoirien, mais aussi vu la mobilisation exceptionnelle des citoyens de tous les continents pour soutenir la cause de Laurent Gbagbo, la collusion entre la rébellion et le Rassemblement des républicains (Rdr, le parti de l’actuel chef de l’Etat Alassane Ouattara) qui s’est dévoilée à la face du monde, et surtout l’homme Gbagbo lui-même, considéré par de nombreux juristes et observateurs comme le principal atout de sa défense.

L’une des principales raisons pour les partisans de Laurent Gbagbo d’espérer une issue favorable pour leur leader au terme de l’audience qui s’ouvre le 18 juin, réside assurément dans la composition de son équipe de Défense. Au regard de leur « back-ground », on peut dire que Gbagbo s’est attaché les services d’avocats expérimentés qui maîtrisent les arcanes de la justice pénale internationale et du Droit ivoirien. Maître Emmanuel Altit, conseil juridique principal de Laurent Gbagbo devant la Cpi, totalise 20 années de pratiques professionnelles. Avocat français inscrit au Barreau de Paris depuis le 4 novembre 1992, Me Altit s’est rendu célèbre à travers deux affaires politico-judiciaires très complexes : l’affaire des cinq infirmières bulgares condamnées à la peine de mort en Lybie sous le règne de Mouammar Kadhafi ; et l’affaire Guilad Shalit, du nom du soldat franco-israélien enlevé lors d’un raid palestinien dans la Bande de Gaza et fait otage pendant des années. Certes, ces deux affaires se sont soldées par des arrangements politiques au sommet des Etats. Mais elles ont permis à Me Emmanuel Altit de développer d’importants réseau qu’il pourrait mettre à contribution pour sortir son « client » des griffes de la justice internationale. Par ailleurs, Me Altit a également plaidé à plusieurs reprises devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (Tpir), basé à Arusha en Tanzanie. Maître Natacha Fauveau-Ivanovic est le premier Conseil-associé dans cette équipe chargée de préserver les intérêts du Président Laurent Gbagbo. Cette avocate française d’origine serbe totalisant 11 années d’exercice, n’est pas une novice en matière de droit pénal international. Inscrite au Barreau de Paris depuis le 26 septembre 2001, Me Fauveau-Ivanovic a été l’avocate d’un accusé dans un procès devant le Tribunal Pénal international pour l’ex-Yougoslavie (Tpiy), également logé à La Haye aux Pays- Bas, dans les locaux de la Cpi. On peut donc dire que c’est une juriste qui connaît bien la maison… Le deuxième conseil-associé dans l’équipe de Défense de Gbagbo est une avocate ivoirienne relativement peu connue. Me Agathe Bahi Baroan est inscrite au Barreau d’Abidjan depuis près de trois décennies, et ses confrères témoignent que derrière sa grande discrétion se cache une compétence éprouvée. Membre du Conseil Constitutionnel ivoirien entre 2003 et 2011, Me Baroan n’était plus avocate pratiquante depuis de longues années. Mais elle a demandé sa réinscription au Barreau afin de pouvoir intervenir dans le dossier des prisonniers politiques ivoiriens, et surtout dans l’affaire inscrite au rôle de la Cpi sous l’intitulé : «Le Procureur c. Laurent Gbagbo». A la différence de ses deux autres confrères français, Me Agathe Bahi Baroan a l’avantage de connaître parfaitement les subtilités du dossier ivoirien. D’abord de sa position de fille du terroir qui a vécu tous les événements « en direct » depuis l’éclatement de la rébellion armée de septembre 2002, mais surtout les informations et la documentation sur le dénouement du contentieux électoral dont elle dispose en sa qualité de Conseillère au sein de la plus haute institution juridictionnelle du pays. Toute chose qui pourrait éclairer les débats d’un jour nouveau devant la Chambre préliminaire I. Ce qui n’est pas le cas de l’Accusation qui sera menée par Fatou Bensouda – elle remplace Moreno-Ocampo –, très peu au fait des tenants et aboutissants de la crise ivoirienne et de son corollaire de conflit postélectoral sanglant. C’est assurément un détail important qui pourrait faire la différence au profit de Laurent Gbagbo, qui a personnellement exigé que Me Baroan fasse partie de son collège d’avocats à la Cpi. En plus de cette équipe officielle, plusieurs collectifs d’avocats nationaux, africains et internationaux travaillent à la manifestation de la vérité sur le dossier pendant à la Cour pénale internationale.

En Côte d’Ivoire, une dizaine d’avocats dont Maîtres Hervé Gouamené, très connu pour son engagement en faveur de la protection des droits de l’Homme, Toussaint Zahui Dacko, Jean- Serges Gbougnon travaillent de manière «bénévole» sur le terrain, en appui à l’équipe dirigée par Me Altit. C’est ce collectif d’avocats, avec d’autres experts nationaux et étrangers en investigations, qui constituent le noyau d’enquêteurs mandatés par la Défense pour effectuer toutes les recherches en vue de disculper l’ex-chef de l’Etat ivoirien. Au niveau africain et à l’international, on pourrait citer les avocats sénégalais Me Ciré-Clédor Ly, togolais Me Joseph Kokou Koffigoh, l’ancien Premier ministre togolais qui a revêtu la toge pour défendre son « ami » Gbagbo, franco-ivoirienne Me Habiba Touré, franco-camerounaise Me Lucie Bourthoumieux – elle voit au moins une fois par semaine le Président Gbagbo dans sa cellule de Scheveningen, le centre pénitentiaire de la Cpi, pour faire avec lui du « trial training » (simulation de procès) –, qui travaillent tous d’arrachepied dans l’ombre pour obtenir la libération de Laurent Gbagbo. Sans compter tous les juristes et Professeurs de Droit et Politologues enseignant dans les plus prestigieuses Universités européennes et américaines, qui ont pris fait et cause pour celui que ses partisans appellent affectueusement le « Woody (Garçon) de Mama », son village natal de Gagnoa, dans le sudouest de la Côte d’Ivoire. Cette mobilisation extraordinaire des avocats, juristes, intellectuels issus de tous les continents, conjuguée à l’action des citoyens du monde épris de justice, de paix et d’équité, renforce la conviction de tous ceux qui espèrent une issue heureuse pour Laurent Gbagbo au terme de l’audience de confirmation (ou d’infirmation) des charges. En effet, depuis que l’ex-président ivoirien a été transféré à la Cpi le 30 novembre 2011, il ne se passe quasiment aucune semaine sans que des manifestations gigantesques ne soient organisées à La Haye aux Pays-Bas, siège de la Cpi, voire dans les principales capitales occidentales (Paris, Londres, Bruxelles, New-York, Washington, etc.) pour dénoncer cette forfaiture de la justice internationale et réclamer la libération de Laurent Gbagbo. Jamais dans l’histoire de la Cour pénale internationale, aucun procès n’aura autant déchaîné les foules et cristallisé les passions.

Au moins dix (10) milliers de manifestants sont annoncés à La Haye le 18 juin, à l’ouverture de l’audience, pour soutenir celui qui incarne le combat de «l’Afrique digne» contre la «Françafrique» ou l’Afrique soumise aux diktats de l’Occident impérialiste, dont les locomotives sont la France et les Etats-Unis d’Amérique. Des centaines de voyageurs en avions et de convois par cars, métros, trains, co-voiturages, etc. placardés de grandes affiches et d’affichettes à l’effigie de Laurent Gbagbo, partiront de plusieurs pays euro-(France, Allemagne, Belgique, Italie, Grande-Bretagne, Danemark, Suisse, etc.), américains (Etats-Unis, Canada, Brésil…) et africains (Côte d’Ivoire, Ghana, Cameroun…) et s’ébranleront le week-end des 16 et 17 juin en direction de la Hollande. Où des dizaines de milliers de manifestants entendent battre le pavé pour exiger ni plus ni moins la libération de Laurent Gbagbo. Des actions de lobbying et de pression auprès de chancelleries africaines et occidentales sont exercées dans la même veine. Cette mobilisation sans précédent augure de perspectives rassurantes. Surtout quand éclate aux yeux du monde entier, la connexion au plan intérieur qui a oeuvré à la déstabilisation de l’ex-régime de la Refondation incarné par Laurent Gbagbo. Tous les observateurs sont désormais unanimes, et la Cpi elle-même l’a confirmé : la crise postélectorale de décembre 2010 à avril 2011 est l’aboutissement logique de la rébellion au long cours qui a éclaté dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, après le renversement manqué du Président Laurent Gbagbo. Malgré des témoignages vidéos de certains chefs de guerre, dont Koné Zackaria, le citant nommément comme étant le principal financier des mouvements rebelles qui s’étaient emparés du Nord et de l’Ouest du pays, Alassane Ouattara, l’actuel chef de l’Etat ivoirien, avait toujours nié sa proximité avec la rébellion armée des Forces nouvelles, dirigée à l’époque par l’étudiant en année de Licence d’Anglais à l’Université de Cocody, Soro Kigbafory Guillaume. Mais depuis qu’il a accédé au pouvoir après l’intervention militaire conjuguée de l’armée française de la Force Licorne, des Casques bleus de l’ONUCI et des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci, appellation de la nouvelle armée ivoirienne, à l’époque exclusivement des forces pro-Ouattara, ndlr), le nouveau président de la République ne cache plus la connivence entre son parti, le Rassemblement des républicains (Rdr) et la rébellion pour parvenir à la magistrature suprême. Jugez-en plutôt : Alassane Ouattara co-gère le pays avec tous les cadres politiques ainsi que toute la hiérarchie militaire de l’ex-rébellion des Forces nouvelles, qu’il a promus aux hautes fonctions de l’Etat. En voici quelques illustrations : le Magistrat émérite et hors hiérarchie Koné Mamadou a été nommé président de la Cour Suprême par Ouattara en mai 2011. Avant d’arriver à ce prestigieux poste, Koné Mamadou a été d’abord directeur de cabinet de Mme Henriette Dagri Diabaté (actuelle Grande Chancelière) lorsqu’elle était Garde des Sceaux, ministre de la Justice (et Secrétaire générale du Rdr) dans le gouvernement de réconciliation nationale dirigée par le Premier ministre Seydou Elimane Diarra, entre 2003 et 2005. Par la suite, le même Koné Mamadou a été nommé ministre de la Justice dans le gouvernement du Premier ministre Charles Konan Banny, entre 2005 et janvier 2006, au titre du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (Mpci, première organisation déclarée de la rébellion).

Avant d’être désigné Secrétaire général des Forces nouvelles, lorsque Soro Guillaume qui en assurait la charge depuis septembre 2002, a été nommé Premier ministre en mars 2007 par le Président Laurent Gbagbo, suite aux Accords politiques de Ouagadougou. Dosso Moussa, économiste de formation, a été durant plus de huit ans (2003-2011), le directeur de la « régie financière » de la rébellion, dénommée « la Centrale ». C’est lui qui a géré les finances engrangées par les ventes illicites et illégales du cacao, du café, bois, du diamant, de l’or ivoiriens dans la partie du pays occupée par la rébellion. Durant la même période, Dosso Moussa a cumulé ces fonctions avec plusieurs postes de ministres dans les différents gouvernements de réconciliation nationale sous Gbagbo. Aujourd’hui, il a été élevé au rang de ministre d’Etat dans l’actuel gouvernement formé par Alassane Ouattara et dirigé par le Premier ministre Ahoussou Kouadio Jeannot. Coulibaly Gnénéma est ministre des droits de l’Homme et des Libertés publiques depuis l’accession du président Ouattara au pouvoir. Ce magistrat de formation était directeur de cabinet de Louis André Dacoury-Tabley, ex-numéro 2 de la rébellion, avant de devenir vice-président de la Commission électorale indépendante (Cei) pour le compte du Mpci. Alain Lobognon Michel dit Adjudant Antoine Beugré (nom de code qu’il portait aux heures chaudes de la rébellion), a représenté durant plusieurs années le Mpci à la Commission nationale de supervision de l’identification (Cnsi), en qualité de 1er vice-président. Alain Lobognon est aujourd’hui, ministre dans le gouvernement du président Alassane Ouattara depuis plus d’un an. Sidiki Konaté, anciennement porte-parole de la rébellion du Mpci puis des Forces nouvelles, a été également ministre dans différents gouvernements depuis 2007. Alassane Ouattara l’a maintenu dans son équipe gouvernementale. Quant à Soro Guillaume, l’actuel président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, il avait signé un long bail au gouvernement au titre du Mpci puis des mouvements rebelles réunifiés (Mpigo, Mouvement populaire ivoirien du grand ouest et Mjp, Mouvement pour la justice et la paix) qu’il dirigeait, après les Accords de paix conclus à Linas-Marcoussis en janvier 2003, en France. D’abord ministre d’Etat (mars 2003-février 2006), puis Premier ministre de Gbagbo (2007 au 30 novembre 2010) ; ensuite Premier ministre puis ministre de la Défense de Ouattara pendant la crise postélectorale (décembre 2010-fin avril 2011) et après, jusqu’à son élection en qualité de député puis de président du Parlement pour le compte du Rdr. Hormis Alain Lobognon, qui s’est présenté en indépendant dans sa localité, à Fresco, tous les cadres de la rébellion suscités ont été tous élus députés sous la bannière du Rdr, le parti du président Alassane Ouattara, lors des élections législatives des 11 décembre 2011 et 26 février 2012. La collusion entre la rébellion et le Rdr est davantage saisissante sur le plan militaire. En effet, c’est toute la hiérarchie des Forces armées des Forces nouvelles (Fafn, ex-mouvements armées), qui se retrouve aux commandes de la nouvelle armée ivoirienne rebaptisée Forces républicaines de Côte d’Ivoire par Alassane Ouattara, en remplacement des ex-Forces de défense et de sécurité ivoirienne (Fds), l’ancienne armée régulière. Soumaïla Bakayoko, élevé au grade de Général de Division par Ouattara, est l’actuel chef d’Etat-major général des Frci. Architecte de formation, Soumaïla Bakayoko était Colonel dans l’armée régulière ivoirienne avant la rébellion de septembre 2002, où il s’occupait de la section du génie militaire. Le Général Bakayoko a été pendant huit (08) ans (de 2002 à 2010), le chef d’Etat-major des Fafn, les mouvements armés de la rébellion. Tous les com’zones (commandants de zone, appellation des chefs de guerre de la rébellion), occupent des postes-clés dans le dispositif sécuritaire et de défense du pays sous Alassane Ouattara. On citera les plus connus : Chérif Ousmane, com’zone de Bouaké précédé de la réputation peu flatteuse de « redoutable chef de guerre », est le commandant en second du Groupe de la sécurité présidentielle (Gspr). Il serait impliqué dans les massacres des pro-Gbagbo à Yopougon durant la fin de la crise postélectorale, selon plusieurs rapports d’organisations internationales de défense de droits de l’Homme dont Human Rights Watch (Hrw) et Amnesty International.

Issiaka Ouattara dit Wattao, chef d’Etatmajor adjoint de la rébellion, est le N°2 de la Garde républicaine. Martin Kouakou Fofié, com’zone de Korhogo sous sanctions onusiennes depuis 2004 pour diverses exactions et traitements inhumains sur les populations civiles, a été promu par Ouattara commandant de la Compagnie territoriale de Korhogo (Ctk), donc patron de la 5ème région militaire du pays. C’est lui qui a la garde de tous les militaires et policiers « pro-Gbagbo » (une soixantaine) détenus dans cette localité située à 637 kilomètres au nord d’Abidjan, depuis la fin de la crise postélectorale. Koné Zackaria, com’zone de Séguéla et de Vavoua – tombé en disgrâce sous Soro Guillaume – a été nommé par Ouattara, commandant de la Police militaire chargé de mettre de l’ordre au sein des éléments indisciplinés des Frci. Le sergent Tuo Fozié, premier visage connu de la rébellion du Mpci en septembre 2002, est le nouveau patron de l’Unité de la Fluidité routière, structure de police en charge de la régulation de la circulation en zone urbaine et principalement à Abidjan. On vous épargnera les commandants Touré Hervé Pélikan dit « Vétcho », com’zone de Katiola, Coulibaly Ousmane alias « Ben Laden » de Boundiali, Koné Gaoussou dit « Jah Gao » d’Odienné, et surtout Losséni Fofana dit « Loss » ou « Cobra », chef de guerre de Man mis en cause dans les massacres à grande échelle de l’ouest et notamment de Duékoué, au quartier Carrefour, où plus de 800 personnes ont été tuées en seulement 48 heures, fin mars 2011, lors de la prise de la localité par les Frci placées sous sa direction… Ils ont tous été reversés par le président Alassane Ouattara dans une unité d’élite encore non opérationnelle baptisée « Forces spéciales ». Tous ces faits pèseront certainement dans la balance au soir du 22 juin, pour situer les véritables responsabilités des principaux acteurs ivoiriens dans la crise postélectorale, qui a fait officiellement 3.000 morts selon les statistiques de l’ONUCI. Mais une chose est certaine : Gbagbo sera son propre avocat durant l’audience qui s’ouvre le 18 juin à La Haye. Interrogée récemment lors d’une interview, Me Touré Habiba, avocate de la famille de l’ancien chef de l’Etat ivoirien et singulièrement de son fils aîné Michel Gbagbo, lui aussi incarcéré depuis plus d’un an à Bouna au nord de la Côte d’Ivoire, a trouvé cette formule pour traduire les chances de l’ex-président ivoirien le 18 juin : « le Président Laurent Gbagbo est une chance pour luimême, et il l’a démontré lors de sa première comparution » le 5 décembre 2011, lors de l’audience de présentation du prévenu. A cette occasion, en effet, l’ex-chef de l’Etat ivoirien a sorti cette expression, devenue depuis le cri de ralliement de tous ses supporters : « On ira jusqu’au bout ». Sa longue carrière politique axée autour de la philosophie de l’alternance démocratique au pouvoir, mais aussi sa gestion pacifique du conflit armé ivoirien qui l’a toujours amené à rechercher des compromis voire des compromissions pour dénouer la crise, en lieu et place de la force militaire, plaident en faveur de Laurent Gbagbo.

En témoignent, les différents Accords politiques signés dans plusieurs pays (Lomé, Marcoussis, Accra 1, 2 et 3, Pretoria 1 et 2, Ouaga 1, 2, 3 et 4), etc. Même au plus fort de la crise postélectorale, et au moment où ses partisans lui conseillaient avec insistance de prendre la voie des armes pour solder le différend postélectoral qui s’enlisait, envers et contre tous, Laurent Gbagbo a privilégié la voix de la négociation et de la sortie pacifique de cet imbroglio électoral. En appelant la communauté internationale à un recomptage des voix pour départager les deux candidats qui s’étaient (auto)proclamés vainqueurs de l’élection présidentielle. Las ! Pourtant, le recomptage des voix a été déjà implémenté dans de nombreux pays, et non des moindres : aux Etats-Unis, en Haïti, en Afghanistan, etc. sans que la communauté internationale n’ai eu recours à des bombardements armés massifs pour départager les deux protagonistes contestataires. Revenons au parcours politique de l’homme. Trente ans de combat politique à la recherche acharnée du pouvoir d’Etat par les urnes, sans jamais avoir eu à recourir aux armes ou à une quelconque compromission avec des bandes armées. Telle pourrait être l’arme fatale de Gbagbo le 18 juin. Celui qui a connu toutes sortes de brimades et de privations dans son pays, a fait la prison à plusieurs reprises (Séguéla, Maca, etc.), parfois avec toute sa famille, sans jamais chercher à se venger de ses adverses d’hier qui lui avaient fait boire le calice jusqu’à la lie, dont un certain Alassane Ouattara un 18 février 1992 qui l’a jeté en prison avec femme et enfant… Quand il est parvenu (enfin !) au pouvoir, et bien que ses adversaires ne lui aient laissé aucun répit, Gbagbo a continué de faire de la politique son métier, là où ses adversaires ne comprenaient que le langage des armes. Quand on lui oppose une rébellion armée après à peine 23 mois de gestion effective du pouvoir d’Etat (26 octobre 2000 au 19 septembre 2002), Laurent Gbagbo trouve la force d’assister financièrement et matériellement ceux qui, pourtant, veulent lui ôter la vie, à défaut de pouvoir lui dérober son fauteuil présidentiel par la force.

Un seul exemple éloquent parmi une kyrielle de gestes accomplis avec le coeur renseigne sur la morale et les vertus de l’homme : quand le frère aîné de l’actuel chef de l’Etat, Gaoussou Ouattara, maire de Kong, petite bourgade touristique perdue au fin fond de la savane herbeuse du Nord, à une centaine de kilomètres de pistes poussiéreuses et impraticables de Ferkessédougou, tombe grièvement malade, Laurent Gbagbo le fait chercher par hélico pour l’évacuer à la Pisam (Polyclinique Sainte Anne-Marie de Cocody), avant d’ordonner son transfert à Paris où ses soins sont pris en charge par la présidence de la république… Exit les anciens ministres du Pdci-Rda voire des cadres du Rdr ou de la rébellion, qui ont bénéficié de la mansuétude de l’ancien chef de l’Etat ivoirien. C’est ce « révolutionnaire du verbe » qui n’a jamais été un « révolté violent » qui, ironie du sort, se trouve aujourd’hui cloué au pilori d’une justice pénale internationale cornaquée par Abidjan, Paris et l’ONU, l’accusant de faits qu’il a toujours abhorré dans sa vie. Quel destin que celui de Laurent Gbagbo ! Un tel homme marqué par un humanisme à la limite de l’irrationnel, peut-il croupir indéfiniment dans les geôles de la justice pénale internationale ? Les partisans de Laurent Gbagbo – et pas seulement – n’osent pas croire à pareil éventualité.

HERVE-BAZIN ADOKOU

IVORIAN

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