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03 juin 2012

A l'approche du procès de Gbagbo, le régime Ouattara prépare des tueries massives

Au fur et à mesure que l’on avance vers le 18 juin, date à laquelle doit s’ouvrir le procès du président Gbagbo devant la cour pénale internationale de La Haye, le régime Ouattara installe un climat de terreur dans certaines régions du pays. Notamment celles forestières réputées favorables, dans leur grande majorité, au président Gbagbo. Abidjan, Agboville, Gagnoa, Adzopé, Sikensi, Dabou, San Pedro, Divo, etc. Sur la base de rumeurs de déstabilisation du régime, véhiculées à dessein par le régime, c’est un vrai génocide qui se prépare dans ces régions. Depuis quelque temps en effet, le discours du ministre délégué à la Défense, qui voit des miliciens partout, est relayé sur le terrain par le corps préfectoral devenu, à l’occasion, un instrument de colportage de rumeurs aussi infondées que saugrenues. Et dont le seul but est de préparer les esprits à une épuration dans des zones où le régime est très impopulaire. C’est ce qui justifie la sortie insensée, mercredi, du préfet de la région de l’Agnéby Tiassa, préfet d’Agboville, Bako Digbé Anatole Privat, devant les chefs traditionnels, chefs religieux, élus et  responsables départementaux de l’administration. «Les rumeurs sont trop persistantes et récurrentes quant à la présence d’un camp militaire chez vous. Des miliciens qui veulent se venger à partir de chez vous s’entraineraient dans vos forêts. (…) Il pourrait éventuellement s’agir de dissidents des Frci ou d’autres mécontents Je sais que certains chefs ont connaissance de ce qui se passe dans leurs villages. (…) Nous aurions fait intervenir l'armée au moment où nous aurions la confirmation de la présence d'hommes en armes en un endroit précis de la forêt Je ne peux pas attendre qu’il y ait d’autres affrontements en brousse pour réagir. Je prends donc à témoin les chefs de village, les chefs de communauté ainsi que les chefs religieux. Ouvrons les yeux et demandons à nos enfants de mettre balle à terre. Pour ceux qui auraient connaissance ou qui connaitraient ceux qui s’entrainaient dans ces villages, qu’ils aillent leur parler», a déclaré en substance le préfet de région.

Des desseins inavoués

Un discours qui traduit assez éloquemment les intentions du régime de pacifier la région par la force. Une façon aussi, hélas, pour le préfet d’endosser et de justifier les violations des droits de l’homme dont les FRCI se rendent régulièrement coupables dans la région. En toute impunité. Au vu et au su du corps préfectoral conduit par le gouverneur Bako Digbé Anatole Privat qui, loin de protéger ses administrés, les livrent à la furia des FRCI qui continuent de traquer tous ceux qui ont été indexés comme étant des activistes pro-Gbagbo. La situation est d’autant plus préoccupante qu’en décembre dernier, alors que le  président Laurent Gbagbo s’exprimait depuis la CPI au cours de l’audience préliminaire, des jeunes de Lopou – village du ministre René Diby, dans le département de Dabou – qui avaient osé demander publiquement sa libération ont été assimilés à des miliciens et pris pour cibles par les Frci. La traque qui s’en suivi a occasionné des morts quand un grand nombre de jeunes de la région séjournent  actuellement, sans raison valable, dans l’univers carcéral. A tout point de vue, il est clair que c’est opération d’épuration que le régime veut engager dans la région de l’Agnéby. Au demeurant, le préfet qui dispose de forces armées outillées pour mener des enquêtes sérieuses sur le terrain devrait se garder de colporter ainsi des rumeurs de nature à mettre en danger la vie de ses administrés. 

Une présence renforcée des Frci et Dozo 

Guerriers traditionnels dozos lors d'une visite d'Alassane Ouattara dans l'ouest du pays, le 23 avril. (Thierry Gouegnon. Reuters)

Avant le préfet de région, ce sont les sous-préfets qui ont sacrifié à cet exercice devant leurs administrés qui ont compris que quelque chose contre eux, particulièrement les jeunes traqués au quotidien jusque dans les plantations. Nuit et jour. Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, alors que le ministre Koffi Koffi Paul annonce la fin du règne des supplétifs FRCI, auquel il a lancé un ultimatum, ces derniers renforcent leur présence dans ces régions. Dans le département de Gagnoa par exemple, Frci et dozos ont fait récemment leur retour dans des villages qu’ils avaient déjà quitté depuis de longs mois. Un peu partout, les populations font l’amer constat de l’omniprésence dans leurs localités - plus d’un an après l’accession de Dramane Ouattara au pouvoir - des FRCI et dozo qui leur rappellent au quotidien la guerre que le pays a connue.

Le calvaire des populations d’Oress-Krobou

Si la traque aux pro-Gbagbo se poursuit sur toute l’étendue du territoire national, particulièrement dans les régions qui ont accordé massivement leur suffrage au président Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle de 2010, la situation est intenable dans des localités assiégées encore aujourd’hui par les supplétifs FRCI et/ou les dozos. C’est le cas dans le village d’Oress-Krobou, sous-préfecture du  département d’Agboville, région de l’Agnéby Tiassa. Il ne passe en effet pas de jour sans que les hommes du commandant Attentat, qui tiennent en laisse des populations qu’ils rançonnent et terrorisent à longueur de journée, ne procèdent à des arrestations sous des prétextes fallacieux.

Il ne faut pas longtemps en réalité au visiteur pour comprendre que dans cette localité où réside pourtant un sous-préfet, c’est "le commandant Attentat" et ses hommes analphabètes pour la plupart - qui font la loi. Ils ont droit de vie et de mort sur les populations qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Samedi dernier, il s’en est fallu de peu pour que ces hommes en armes attentent à la vie d’un jeune homme qui devait prendre sa première communion à l’Eglise méthodiste unie du village. Les préparatifs de la fête se poursuivent jusque tard dans la nuit. Quand le nommé Gobou Flobert Roméo et les siens décident d’aller se coucher, il est plus de minuit. A cet instant, rien ne présageait d’un drame. Mais c’était sans compter avec Attentat et ses hommes. A peine les lumières éteintes qu’ils envahissent la cour de feu Gobou Séraphin et frappent violemment à la porte. Paniqués les occupants de la maison tentent de savoir ce qui se passe. C’est à ce moment que les Frci déclinent leurs identités, menaçant de défoncer les portes si la famille ne s’exécutait pas. Quand l’ainée de la famille ouvre la porte, les FRCI surexcités se lancent dans une perquisition qui aboutit à l’arrestation du jeune catéchumène à quelques heures seulement de sa première communion. Il lui est reproché d’avoir volé, avec d’autres jeunes du village, un véhicule militaire abandonné par des éléments des ex-FDS au plus fort de la crise post-électorale. Etudiant de son état, le mis en cause nie les faits. Sa réaction accentue la furie des éléments du commandant Attentat qui le brutalisent et menacent de lui briser les jambes. Les interventions du chef de famille, qui a accouru promptement, ne changeront rien. Toute la cour est en pleurs ; la veuve inconsolable. Le périmètre est bouclé ; les FRCI envahisseurs menaçant d’abattre quiconque s’y aventuraient. Visiblement gêné par ce spectacle, Attentat ordonne à ses hommes de se retirer. Mas alors qu’il tient un aparté avec le chef de famille, ses hommes tiennent en laisse la maisonnée, faisant le rodéo dans la cour et ses environs. Après des pourparlers qui ont duré de longs instants, les FRCI acceptent de se retirer.

Ainsi, ces hommes sans foi ni loi procèdent chaque jour à des arrestations des jeunes du village dans l’objectif d’extorquer des fonds aux parents. Chaque dimanche, ils font le tour des commerces pour encaisser des taxes fixées à 1000 Fcfa. Et pour chaque sac de riz, de carton de lait, de poisson ou autres denrées qui entrent dans le village, le commerçant est tenu de payer des frais à Attentat et ses hommes. Ainsi que des véhicules transportant des denrées alimentaires ou agricoles qui pénètrent la localité qui est pourtant une sous-préfecture.

Tout cela se passe, hélas, avec la complicité de cadres RHDP d’Oress-Krobou qui utilisent les supplétifs FRCI pour se venger de leurs «frères» pro-Gbagbo. Dans cette tragi-comédie qui se joue dans l’indifférence des autorités, la calomnie, les fausses accusations et la délation ont droit de cité.

E. Akani


Emmanuel Akani
Le nouveau courrier

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