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24 mai 2012

Côte d'Ivoire. Limogeage du minister Adama Bictogo. Ado Comedy Club !

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Alassane Ouattara vient d’être contraint de virer son ministre de l’Intégration africaine, l’homme d’affaires Adama Bictogo, impliqué dans le détournement des indemnités des victimes des déchets toxiques.

L’un des médiateurs principaux dans la crise malienne et ministre de l’Intégration africaine, Adama Bictogo, a été démis de ses fonctions par un décret signé d’Alassane Ouattara, hier mardi 22 mai 2012. Une enquête des services de la police économique avait révélé l’implication de trois personnes, dont Adama Bictogo, dans le détournement d’une partie des indemnités portant sur 4,65 milliards de FCFA (dont 600 millions de FCFA ont atterri dans le compte de Bictogo) et devant revenir aux victimes des déchets toxiques.

En mettant ainsi fin aux fonctions de ministre de l’Intégration africaine de monsieur Adama Bictogo, Alassane Ouattara a certainement à cœur de faire bonne impression auprès de l’opinion nationale et surtout d’engranger des points auprès des Institutions de Bretton Woods, avec bien évidemment en ligne de mire l’obtention du précieux «PPTE». Un coup d’épée dans l’eau qui vise à montrer l’engagement (?) de Ouattara pour l’éthique et la bonne gouvernance.

On aurait pris au sérieux cet acte du chef de l’Etat si trois mois en arrière le limogeage d’Adama Bictogo était intervenu, c'est-à-dire au moment où le procureur de la République recevait les conclusions de l’enquête diligentée par la police économique. Mais que nenni ! Bictogo a été reconduit dans le gouvernement Ahoussou Jeannot avec de grands dossiers. Notamment, le retour des exilés politiques, les crises malienne et bissau-guinéenne. 48 heures encore avant la révocation de son ministre de l’Intégration africaine, parlant de ses ministres, Ouattara se vantait sur les médias français d’être entouré de «cadres de compétence et de qualité». En prenant cette décision, il tente de faire croire qu’il est un adepte de la bonne gouvernance. Et pourtant de nombreux scandales  jonchent sa gouvernance, ses collaborateurs s’illustrant depuis de longs mois par des délits d’initié, pots-de-vins et autres pratiques illicites sans qu’il ne daigne lever le petit doigt. Tout se passait jusque-là dans son indifférence totale. 

Bictogo ira-t-il en prison ? Ses comptes seront-ils gelés ?

Nier l’évidence, c’est sa plus grande qualité. Parce qu’il y a encore quelques jours, il déclarait qu’il virerait le premier de ses ministres qui seraient au cœur d’un scandale. Pourtant Alassane Ouattara a joué les morts quand  plusieurs de ses ministres qu’ils estiment être des «compétences de qualité» étaient embourbés dans des scandales qui portaient un sérieux coup à l’Etat. Notamment, le gré à gré dans l’affaire Celpaid entre Kandia Camara, ministre de l’Education nationale et Mamadou Sanogo, ministre de la Construction et patron de Celpaid. Notamment l’affaire du marché des ordures attribué de manière irrégulière à un autre Bictogo (Salif), alors que la société de ce dernier venait à peine d’être créée et ne remplissait pas les conditions énumérées dans le cahier de charges.

A bien y voir, tout n’est que farce, mise en scène théâtrale. Et Ouattara tente de jouer le beau rôle dans cette comédie gouvernementale. Il sort l’épée au moment où une délégation du Conseil de sécurité séjourne en Côte d’Ivoire pour évaluer la situation du pays un an après son accession au pouvoir. Mais il y a que nous sommes aussi à un mois de la réunion conjointe Fmi et Banque mondiale, au cours de laquelle la Côte d’Ivoire connaitra  son sort quant à l’atteinte ou non du point d’achèvement de l’initiative PPTE. A l’issue des conseils d’administration du FMI et de la Banque Mondiale prévus les 25 et 26 juin prochain. Pour ne pas perdre la face et envoyer un gage de bonne volonté à la communauté internationale, Ouattara tente ainsi un baroud d’honneur. Dommage que tout ceci ressemble fort bien à un scénario auquel colle très le titre «Ado Comedy Club». Juste bon pour épater la bande des ADOrateurs, friands de coups d’éclat et de sensation.

Au Nouveau Courrier, nous nous faisons le devoir de poser les questions qui fâchent. Adama Bictogo, dont les capacités financières et la puissance d’intimidation sont connues, et pourraient peser sur l’enquête, sera-t-il placé en détention préventive, ainsi que le veut la logique la plus élémentaire ? Dans la mesure où ses comptes en banque sont au cœur de l’intrigue et pourraient avoir accueilli indûment l’argent des victimes, il serait bien entendu naturel que ces comptes, en Côte d’Ivoire et à l’étranger, soient gelés – le régime est passé maître dans cet art-là. Bien entendu, nous ne sommes pas dupes et nous nous imaginons bien que durant les trois mois de «sursis» qui lui ont été donnés, Bictogo a eu le temps d’organiser son insolvabilité. Mais la meilleure manière d’en avoir le cœur net est de faire une mainlevée sur sa fortune. Ce n’est qu’à ce type de conditions que le clan au pouvoir convaincra l’opinion qu’il s’agit de quelque chose de plus sérieux qu’une guerre des barons dans laquelle les «affaires» ne sont que des armes comme les autres.

Frank Toti

CAMEROONVOICE

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