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29 avril 2012

Vous avez dit « fétide »?

L'excellent résultat du Front National lors du premier tour des élections présidentielles en France le 22 avril, n'a pas tardé à réenclencher, plus bruyantes que jamais, les sirènes de la stigmatisation du “parti maudit” et de son actuelle présidente Marine Le Pen; elles se sont faites carrément assourdissantes, avec l'“écart de langage de qui l'on sait visant à reconquérir l'électorat perdu d'une égérie soudain redevenue “compatible avec la démocratie”.

Le fait n'est pas nouveau : l'extrême-droite réputée fascisante et taraudée de pulsions (néo)-nazies, voire hitlériennes, s'est vu assigner depuis fort longtemps son rôle d'épouvantail confortant le consensus nationalement correct, droite “convenable” et gauche mêlées. La rhétorique sur ce thème avait déjà atteint son apogée en 2002, lorsque Jean-Marie, le père de Marine, s'était retrouvé propulsé au second tour face à un “saint” Jacques Chirac dès lors métamorphosé en sauveur de la démocratie en péril.

 

Marine Le Pen
Marine Le Pen

 

Cette assimilation de la montée de l'extrême-droite au danger par excellence – laissant planer la menace d'une résurgence des démons d'avant-guerre – me dérangeait déjà confusément il y a vingt-cinq ans, à une époque, où, pourtant, l'on pouvait encore sérieusement croire aux vertus de la démocratie à l'occidentale. Je trouve aujourd'hui cette assimilation non plus seulement suspecte, mais insupportable et obscène.

L'année écoulée aura vu en effet la promotion du chaos érigée en “impératif catégorique humanitaire” sur la scène ensanglantée de trois pays : la Côte-d'Ivoire, la Libye et la Syrie. Dans les deux premiers cas, le pire étant parachevé, l'expression qui s'impose, pour qualifier les opérations ayant abouti à l'ignoble capture et à la séquestration du Président Laurent Gbagbo – suivies de l'accession au pouvoir du chef rebelle Alassane Dramane Ouattara – , puis à l'inexpiable “effacement” du guide libyen Mouammar Kadhafi – suivi de la pérennisation d'une situation de guerre civile larvée, sous la supervision d'un CNT incompétent et corrompu – : celle de gangstérisme international.

 

Le trait distinctif du gangster, s'est qu'il se place délibérément au-dessus ou en dehors des lois : de même, la caractéristique première de chacune des étapes ayant précédé le dénouement révoltant des deux crises évoquées à l'instant – sur les plans diplomatique, juridique, économique, et militaire –, c'est la violation froidement méthodique du droit – grossièrement, c'est-à-dire médiatiquement dissimulée derrière le paravent de la “protection des populations civiles” –, et l'enchaînement implacable de dénis de justice maquillés en “bonnes œuvres”.

Or c'est précisément sur ce terrain du droit qu'aux heures les plus sombres de la crise ivoirienne, alors que l'ensemble de la classe politique française se signalait par son hypocrite lâcheté, son mutisme et sa cécité, l'une des seules voix à s'être élevée pour contester, sur la base d'une démonstration juridique rigoureuse (1), le viol aggravé des institutions d'un pays souverain, fut celle du député européen Marine Le Pen. Sur la crise libyenne, on a même pu la voir, dès le mois de mars 2011 (2), affronter les foudres de l'“incorruptible” Jean-Luc Mélanchon (3), alors qu'elle dénonçait l'existence d'un scénario à l'irakienne, faisant en coulisses passer l'odeur du pétrole et le goût des contrats avant le souci du bien-être des peuples.

Alors, quand je lis (4), sous la plume de Bernard Henri Lévy, mentor et thuriféraire du chef d'État le plus directement impliqué dans l'assassinat d'un peuple qui, à bien des égards, vivait mieux que ces millions de français dont les nantis qu'il sont tous deux ne partageront jamais la détresse quotidienne – un peuple il est vrai prisonnier des ténèbres d'avant la lumière incarnée par son courageux engagement –; quand je lis, sous la plume de ce soi-disant philosophe les mots “vulgarité”, “haine”, “violence sociale et rhétorique”, “périls immédiats”, “corruption de l’esprit public sans précédent depuis les années 30”, “programme débile, porté par un parti fétide”, pour caractériser le seul parti à s'être battu – avec le parti communiste – pour que la scène internationale cesse de servir de champ clôt aux appétits mercantiles et à la furie sanguinaire de ces grands prédateurs dont les repaires se trouvent à Washington, New-York, Paris ou Londres, je prends la mesure, par-delà l'imposture dont la société française est devenue le théâtre de prédilection, de la gravité des dernières métastases de ce cancer du cœur et de l'esprit qui menace de mort clinique ce qu'il reste chez nous de clairvoyance, de lucidité et de simple morale.

Accepterons-nous qu'à quelques jours d'une échéance électorale majeure, le peuple de France se rende aux urnes et en revienne avec de si grotesques œillères, persuadé que l'extrême danger auquel il viendra momentanément d'échapper, après avoir “bien” voté – quoi qu'il ait voté –, et qu'il devra encore affronter lors des législatives de la mi juin, réside en la personne de Marine Le Pen, ce noir corbeau dont l'ombre terrifiante plane désormais sur la future assemblée nationale ?

 

Tolérerons-nous que l'une des seules personnalités politiques en vue à s'être opposée aux crimes commandités et perpétrés par les autorités françaises en Côte d'Ivoire, en Libye et en Syrie – et cela, répétons-le, au nom de la défense du droit, un droit curieusement placé en tête des priorités de cette “antidémocrate”, là où un autre avocat célèbre, “champion de la liberté”, entouré de comparses zélés, consacre l'essentiel de son énergie à le contourner – , soit insultée de la sorte ? L'indécence n'est pas du côté que l'on croit.

Jusques à quand laisserons-nous les chantres dévoyés d'une “démocratie” devenue le dernier alibi “branché” des maîtres de la terreur des armes, du pillage des ressources et de l'asservissement des économies nationales, enduire les oreilles des électeurs de leurs emplâtres empoisonnés, pour les rendre sourds au grondement de cet avenir terrifiant qu'ils contribuent à leur préparer ?

 

Bernard Henri Levy
Bernard Henri Levy

 

Quoi de plus “vulgaire”, de plus “haineux”, de plus “violent”, que le règne des meurtriers de la première heure – dozos, frci, et autres repris de justice – imposé manu militari à la Côte d'ivoire par les autorités françaises ? Quoi de plus “périlleux” – pour l'équilibre immédiat, non seulement de la société française, mais de l'Afrique, du Moyen-Orient et du monde entier –, que la guerre civile laissée en héritage à une Libye exsangue, brutalement écrasée par des bombardements dont à aucun moment l'intellectuel de cour Bernard Henri Lévy, après les avoir appelés de ses vœux, n'a eu la décence de condamner l'horreur cent-mille fois assassine ?…

Quoi de plus “corrompu” qu'une société au sein de laquelle les meurtriers de masse et leurs conseillers peuvent continuent à se draper dans le manteau de leur hautaine respectabilité, tout en jetant l'opprobre sur une figure du monde politique infiniment plus honnête que le moins corrompu d'entre eux ? Quelle plus sévère corruption de l'esprit public, que celle favorisée par de tels détournements de la vérité ? Quoi de plus proche de l'esprit du national-socialisme d'avant-guerre que celui de cet international-socialisme sous la couverture humaniste duquel se perpètrent en continu des forfaits qui n'ont rien à envier à ceux du régime hitlérien ? Marine le Pen, une menace ? Que dire alors du petit maître dont nous attendons la chute ?

Quoi de plus “vulgaire”, de plus “haineux”, de plus “violent”, de plus “périlleux”, de spirituellement plus “corrompu” en somme que les aventuriers forcenés d'un régime dont hélas rien ne nous garantit qu'il ne va pas parvenir à se survivre au-delà des élections ? Et quoi de plus “fétide” que l'haleine de ceux qui, après les avoir soutenus et encouragés, veulent nous rendre aveugles et sourds aux vrais enjeux d'un avenir qu'ils n'envisagent que placé sous le signe des armes, du profit et de l'exploitation. Quant la défense du peuple juif et de l'État d'Israël, défense à laquelle je comprends que Monsieur Bernard Henri Lévy soit attaché, est-il besoin de lui rappeler – ce que semblent malheureusement oublier les dirigeants israéliens actuels – qu'elle n'a strictement rien à voir avec celle du grand capital, ce pourvoyeur infatigable de guerres oh combien lucratives ? Ce grand capital, qui est à peu près à la démocratie ce que le ver solitaire est à l'intestin …

Beaucoup de d'Africains de France se sont prononcés au premier tour pour Marine Le Pen. Faut-il les en blâmer, ou louer au contraire leur maturité politique ? Celle qui consiste à comprendre que dans le contexte international actuel, aucun grand parti de gouvernement n'est aujourd'hui en mesure de s'engager à persévérer sur le chemin d'une justice inconditionnelle et de la condamnation de tous les mensonges d'où qu'ils viennent et quoi qu'ils puissent rapporter, notamment sur la scène des relations franco-africaines.

En tout état de cause, une seule consigne s'impose : celle qui a nom vigilance. Et dans ce combat sans merci d’une opposition sainement déterminée, Marine Le Pen n'est peut-être pas la moins fréquentable des alliées...

Eliahou Abel

 

Jérusalem, le 5 Iyyar 5772

(1) Voir ici (http://www.nationspresse.info/?p=123611 ) le texte de sa question formulée auprès de la Commission européenne le 17 février 2011, et ici (http://www.nationspresse.info/?p=139757) celui de sa lettre à Christine Lagarde, président du FMI.

 

(2) Voir ici (http://www.youtube.com/watch?v=BLq0N2GqIZk )quelques extraits du débat en question

 

(3) Un Mélanchon alors étrangement naïf, au point de voir dans le soutien de Paris aux révoltes du “printemps arabe” le signe d'un réel infléchissement de la politique africaine de l'État français; comme si, en encourageant subitement l'émergence de démocraties authentiques en lieu et place des dictatures qu'il avait, dans le sillage de ses prédécesseurs, fidèlement protégées, Sarkozy avait été mû par un autre souci que celui du bénéfice à retirer d'un ravalement de façade de la diplomatie française : duplicité parfaitement illustrée par sa double décision de "lâcher" Ben Ali – un dictateur corrompu par vingt-cinq ans de présidence – et d'imposer au peuple ivoirien, en la personne du Burkinabé Alassane Dramane Ouattara, un futur dictateur déjà corrompu par vingt ans d'une course au pouvoir jalonnée d'intrigues innommables; cela non sans avoir, il est vrai, préalablement confié aux médias qu'il contrôle le soin de “blanchir” ce dernier –comme un parrain de la mafia blanchirait de l'argent sale – tout en “noircissant” le coupable de service – reconnu insolvable, faute de moyens, au terme de plus d’une année d’enquêtes minutieuses- SEM Laurent Gbagbo.

(4) Voir ici : http://www.crif.org/fr/tribune/pour-ne-pas-laisser-%C3%A0...

 

CAMEROONVOICE

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