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28 avril 2012

De la Françafrique à l’absence d’Afrique

Le président Paul Biya est l'un des premiers à avoir anticipé sur la fin prochaine du règne de Nicolas Sarkozy.

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Le premier, au Cameroun, à avoir anticipé sur la fin prochaine de Nicolas Sarkozy est sûrement Paul Biya. Le président camerounais a pris une série de décisions qui visaient indirectement les intérêts de Vincent Bolloré, présenté ici comme un «ami personnel» de Nicolas Sarkozy.

Il s’est même permis comme un ultime pied de nez à Sarkozy, d’adresser des félicitations à Bachar Al Assad que la communauté internationale vomit d’un jet («La commémoration de la fête nationale de votre pays le 17 avril 2012, m'offre l'opportunité de vous adresser mes vives félicitations, ainsi que mes vœux de paix, de réconciliation et de concorde pour la nation syrienne», a-t-il écrit le plus sérieusement du monde).

Nicolas Sarkozy ne lui aura jamais donné toute la considération qu’il en attendait: depuis la mort d’Omar Bongo, il s’était cru, en tant que le plus ancien, le plus âgé, dans les fonctions les plus élevées de la sous-région, il s’était cru le dépositaire du beau patrimoine françafricain (réseaux d’influence, de mallettes et de barbouzes néocoloniaux).

Les sarkophiles, une espèce en voie d’extinction

Le président-candidat, plus grand monde ne le soutient. Les sarkophiles sont une espèce en voie d’extinction au Cameroun. Dans les gargotes et les bars de Yaoundé, l’on regrette évidemment le dynamisme, l’omniprésence de cet hyperprésident que beaucoup de Camerounais opposaient à l’omniabsence pour ainsi dire de leur ultraprésident.

François Hollande que l’on a attendu en terre africaine en vain, que l’on ne connaissait que par procuration (le compagnon de Ségolène Royal et le père de leurs enfants) a su se démarquer de son image guignolesque que Canal+ avait imprimée dans les esprits.

On le connaît un peu mieux et il se dit que quelqu’un qui a réussi le tour de force de battre Sarkozy au premier tour ne peut pas être totalement mauvais, si en plus les dieux se sont mis de son côté pour faire tomber les masques de Dominique Strauss-Kahn, pour minorer le score de Mélenchon qui l’aurait bien embêté s’il avait été celui de Marine Le Pen, alors on se dit qu’il doit même être très bon.

Les craintes qui sont celles que l’on passe d’un Sarkozy trop présent à un Hollande toujours absent se dissipent dans cette intuition encore confuse que «l’absence» est peut-être l’autre nom de la véritable indépendance des anciennes colonies françaises. L’absence de programme en direction de l’Afrique dont l’accuse l’UMP bien sûr, l’absence d’expérience africaine…

Même quand il était Premier Secrétaire du PS, l’on ne se souvient pas de l’avoir souvent vu auprès de ses camarades africains, il s’est toujours fait représenter. Si son mode d’existence est la représentation, il faudra bien veiller à ce que ses représentants appliquent sa vision à lui, au lieu de perpétuer les reflexes antécoloniaux d’impérialisme et d’exploitation outrancière.

La question est donc celle de savoir si François Hollande saura s’affranchir des appareils. Le Parti socialiste n’a jamais condamné l’action de Nicolas Sarkozy en Afrique. Or il faut changer la forme autant que le fond. Elle doit être revue et corrigée, la nature même des relations entre l’Afrique, qui n’est pas un pays et ne demande pas à être considéré comme tel, et la France, qui n’est pas l’Olympe, et dont en tout cas les Camerounais ne voudraient plus honorer les dieux. 

François Hollande, qui a promis aux Français le changement et aux Africains l’abolition de ce qu’il reste de la Françafrique, sera jugé au pied du mur. Sous Sarkozy déjà, il y a eu une sorte de lifting lexical, on parlait désormais de «Sommet Afrique-France» au lieu du traditionnel «Sommet France-Afrique». Que les changements ne soient donc pas de l’ordre du symbole et de l’effet d’annonce.

Sarkozy a déçu, Hollande ne suscite pas encore l’espoir 

A Douala, capitale économique du Cameroun, l’on ne se fait plus aucune espèce d’illusions sur le politique. On appelle cet esprit qui consiste à commenter l’actualité politique français, à en attendre des sortes de dividendes «l’esprit de Yaoundé».

A Yaoundé, capitale administrative, où il faut arborer une veste et tenir bien en évidence un exemplaire de Cameroon Tribune, le quotidien pro-gouvernemental, pour être respecté, Sarkozy avait en 2007 suscité un véritable enthousiasme qui avait été communiqué dans l’autre grande ville, où avaient alors pullulé des salons de coiffure Sarkozy, des pas de danse Sarkozy, et même des nouveaux-nés Nicolas Sarkozy.

Va-t-on débaptiser ces enfants ou bien Sarkozy n’a-t-il pas encore dit son dernier mot et saura justifier les qualités exceptionnelles qui sont les siennes, mais qui ont desservi tout le continent, au point d’aboutir à l’éclatement de la belle démocratie malienne?

Cette fois c’est la prudence caractéristique qui a cours à Douala qui s’est propagée partout et que l’on observe dans la capitale politique, où tout le monde s’est mis au «wait and see». Convaincu qu’il en va des politiques français comme des promesses de Paul Biya: l’un chasse l’autre.

Eric Essono Tsimi

SLATEAFRIQUE

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