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25 avril 2012

Quand le Burkina Faso fournissait les civils d’Abobo en armes…

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Insondable hypocrisie. Alors que le pouvoir Gbagbo est tombé et ne «représente plus une menace pour la paix», selon une déclaration de Choi Young-Jin datant du 18 juillet 2011, le dernier rapport du Comité de sanctions consacre plus des deux tiers de son contenu à la description méthodique du système qui aurait été mis en place autour d’Anselme Séka Yapo alias «Séka Séka», dans les geôles du régime, de l’ancien ministre de la Défense Bertin Kadet, de Robert Montoya et de Frédéric Lafont, ex hommes en armes français reconvertis dans le privé au Togo et en Côte d’Ivoire. Il décrit par le menu l’entrelacs d’entreprises impliquées dans des violations de l’embargo sur les armes côté loyaliste – un embargo qui, rappelons-le, n’a jamais vraiment concerné la rébellion puisqu’il faisait l’impasse sur les Etats qui lui fournissaient des armes.

Comment peut-on oser faire un rapport sur les violations de l’embargo sur les armes en avril 2012, un an après que le monde entier ait vu à la télévision, non seulement l’arsenal impressionnant des FRCI soutenant Alassane Ouattara, mais également la totale convergence entre eux, qui avaient entre leurs mains les signes de leur défiance vis-à-vis de la résolution 1572, et les Casques bleus de l’ONUCI ? Sur le faisceau de complicités qui a permis d’armer les hommes d’Alassane Ouattara, le rapport des experts de l’ONU est évasif. Mais contient tout de même des phrases et des annexes particulièrement troublantes. «L’ONUCI a mené des campagnes de remise volontaire des armes et des munitions auprès de la population civile d’Abidjan à Abobo, les 1er et 2 février, et Attécoubé, les 8 et 9 février 2012. Le Groupe de contrôle du respect de l’embargo de l’ONUCI a constaté qu’il y avait parmi les munitions collectées lors de ces campagnes une quarantaine de cartouches marquées de 7,62 x 39 mm, qui n’avaient jusqu’alors été jamais vues en Côte d’Ivoire (…). Le Groupe a obtenu confirmation que les cartouches de 7,62 x 39 mm laquées de vert et portant la marque 325/05 avaient été fabriquées en Roumanie en 2005 et 2006. L’organisme roumain chargé du contrôle des exportations avait autorisé deux envois (de 200 000 et 800 000 cartouches, respectivement) en 2005 et 2006 (licences E/2005/183 et E/2006/915) au Ministère de la défense du Burkina Faso. Le Ministère de la défense du Burkina Faso a reçu ces envois de munitions le 16 décembre 2005 et le 21 juin 2006. Le Groupe poursuit son enquête». Des armes commandées par le gouvernement burkinabé dans les mains de civils vivant à Abidjan, à plus de 1000 kilomètres de Ouagadougou ? Oui, absolument. Pourquoi le Groupe ne demande-t-il pas des sanctions contre le régime burkinabé alors qu’il le fait pour les militaires ivoiriens et les entreprises qu’il accuse d’avoir violé l’embargo ? Pourquoi ne pousse-t-il pas ses enquêtes plus loin ? Il faut croire que la logique de protection internationale qui s’applique à Alassane Ouattara s’applique aussi à Blaise Compaoré. L’air de rien, une annexe du rapport des experts indique que des munitions «originaires» du Soudan ont été trouvées à des check-points des FRCI entre décembre 2011 et février 2012. D’où viennent-elles ? Les affirmations selon lesquelles les containers de l’ONUCI interceptés un moment au Cameroun après être passés par le Tchad étaient remplis d’armes venant du Soudan et à destination des pro-Ouattara seraient-elles ainsi confirmées ? Mystère.

Théophile Kouamouo

Source : Le Nouveau Courrier : Dernière Mise à jour : 25/04/2012

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