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15 mars 2012

Gabon. L'hyper-président Ali règne sans partage

 

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Omar Bongo a incarné pendant quarante deux ans le Gabon, mais trois années ont suffi à son fils, Ali Bongo, pour atténuer cette empreinte. Dans cet espace-temps, le chef de l'Etat - mal élu en 2009 - a gardé sa pléthorique famille à distance. Il a réussi à désagréger les forces de l'opposition, tout en maintenant un contrôle vigilant sur l'armée. Avec 114 députés du Parti démocratique gabonais (PDG) sur 120, il dispose de l’une des plus confortables majorités parlementaires de l’histoire du pays. Dernière manifestation de cet hégémonisme présidentiel : les quelques barons de Papa Bongo encore en exercice au sein de l'exécutif viennent d'être remerciés. Analyse.

Gouvernement sous influence - Formé le 28 février, le nouveau gouvernement monocolore emmené par Raymond Ndong Sima - premier Fang du Woleu-Ntem à ce poste - parachève la mainmise d'Ali Bongo sur l'ensemble des leviers du pays (diplomatie, sécurité…). Hormis Jean-François Ndongou, maintenu au ministère de l'intérieur, le dernier carré de fidèles d'Omar a été prié d'aller voir ailleurs (lire p.7).

 

Paul Toungui, compagnon de Pascaline, demi-sœur du chef de l'Etat, elle-même écartée de la sphère directe du pouvoir, était de tous les gouvernements depuis 1990. Il a cédé son maroquin à Emmanuel Issoze-Ngondet, ami du chef de l'Etat. En revanche, Magloire Ngambia, sorti renforcé dans la nouvelle équipe, prend la tête d’un ministère coiffant six portefeuilles. Il devra toutefois gérer ce méga département en concertation avec le directeur du cabinet présidentiel, le Béninois Maixent Accrombessi.

Le palais centralise le pouvoir - Sans les gris-gris et les vieux conseillers d'Omar Bongo, l'emprise du Palais du bord de mer s'avère encore plus marquée que sous le régime de l'ancien président, décédé en 2009. Pilotés par des ministres sans prérogative, les secteurs stratégiques (pétrole, énergie, infrastructures…) sont gérés directement depuis le palais, où la plupart des conseillers forment un gouvernement parallèle sous la coupe d'Accrombessi. Ce dernier chapeaute également les structures dépendant de la présidence, dont l'Agence nationale des grands travaux (ANGT) dirigée par le représentant de Bechtel, Henri Ohayon, ou l'Agence gabonaise d'études et d'observations spatiales (Ageos), présidée par un autre conseiller, Etienne Massard Cabinda.

La diplomatie a elle aussi épousé les réseaux d'Ali Bongo. Son compagnon de lutte au sein du PDG, Germain Ngoyo Moussavou, tient ainsi l'ambassade du Gabon à Paris. Ses amis personnels Nelson Noël Messone et Michaël Moussa ont été placés respectivement aux Nations unies et à Washington. De tous ces réseaux, seule la secrétaire générale du palais, Laure Olga Gondjout, fait office de rescapée de l'ère Bongo père.

Généraux cadeautés, paix assurée - Ali Bongo n’a eu aucune difficulté à mettre l'armée au pas. Ministre de la défense durant dix ans, il a acquis une bonne connaissance des équilibres ethno-régionaux. Dès son arrivée au pouvoir, il s'est appuyé sur le chef d’état-major de l'armée, le saint-cyrien Jean-Claude Ella Ekogha. Contrairement aux gradés sous Omar Bongo, qui était incapable de faire confiance aux officiers non originaires de sa région natale du Haut-Ogooué, Ella Ekogha est la première figure fang à ce poste. Patron de la garde présidentielle, Grégoire Nkouna est le cousin d'Ali.

Les commandant Jean Ekouah (gendarmerie) et Paul Operha (armée de terre) sont des Tékés, comme lui. Autre sécurocrate, l'ex-directeur du cabinet militaire d’Ali Bongo au ministère de la défense, Alioune Ibaba, officie toujours comme responsable de la sécurité. Le chef de l'Etat a en outre nommé, le 29 février, un autre Téké, François Banga-Eboumi, à la tête du Conseil national de sécurité (CNS, renseignement). Jadis susceptible d'inquiéter la mouvance présidentielle, le général Idriss Ngari a été placardisé comme second vice-président de l'Assemblée nationale. Quant au frère ennemi fang André Mba Obame, il a été torpillé en même temps que l'Union nationale (UN), dissoute en juillet 2011.

 

 

CAMEROONVOICE

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