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06 mars 2012

Qui veut accaparer les terres de l’Ouest ivoirien ?

 

frci-e.jpg"Il veut aller à la conquête des terres arables d’Afrique. En été 2009 déjà, son entreprise a distribué deux millions de dollars aux coopératives et aux paysans du réseau «Production durable certifiée», en collaboration avec GTZ, USAID et Kraft. Après le cacao et le café certifiés, la holding britannique se tourne vers les produits alimentaires, pariant cette fois sur le boom démographique et l’augmentation de la faim dans le monde." De qui parle cet article du confrère Les Afriques publié en juillet 2010 ? D'Anthony Ward, co-fondateur du groupe Armajaro, qui s’est fait remarquer en achetant une proportion inouïe de la production mondiale de cacao avant le début de la guerre en septembre 2002 et avant le début de la guerre postélectorale, se faisant au passage, à chaque fois, beaucoup d’argent «grâce» au conflit et à la hausse des cours.

Bon à savoir : Armajaro, dont le directeur Afrique est Loïc Folloroux, le fils de Dominique Ouattara, ne cesse d’accroître son emprise sur le secteur cacao en Côte d’Ivoire, au point d’avoir été à l’initiative d’un Groupe des négociants internationaux (GNI) pour contrer le jusque-là tout-puissant Groupement des exportateurs professionnels de café et de cacao (GEPEX). C’est également un cadre d’Armajaro qui représente les exportateurs au Conseil du café- cacao.

Quasiment tout-puissant dans la «nouvelle» Côte d’Ivoire, Anthony Ward va-t-il commencer sa «conquête» des terres arables d’Afrique par le pays des Eléphants ? L’on est en tout cas légitimement en droit de s’interroger sur le silence des nouvelles autorités ivoiriennes dans le processus d’expropriation des terres des autochtones à l’ouest, quasiment poussées à l’exil par une situation sécuritaire invivable.

Le nouveau régime, par le truchement d’anciens combattants à sa solde, généralement de nationalité étrangère, qui ont pris pied dans la zone forestière du pays, n’est-il pas en train de vouloir vider l'ouest de ses propriétaires terrains pour vendre leurs forêts aux multinationales ? La chasse récurrente aux populations autochtones qui tentent de retrouver leurs biens justifie toutes les inquiétudes au sujet des intentions d’Alassane Ouattara et ses soutiens étrangers.

De plus, il se murmure déjà, dans les allées du pouvoir, que l’actuel homme fort ivoirien voudrait changer la loi foncière. Sera-t-elle favorable aux multinationales ? Au Liberia voisin, qui a également traversé une crise liée en partie aux intérêts occidentaux, il y a eu un cas similaire sur lequel l’agence de presse IRIN, attire notre attention. Selon l’article d’IRIN, des centaines de villageois et d'habitants des villes du comté de Grand Cape ont attiré l'attention de toute la population libérienne afin de récupérer des terres qu'ils considèrent comme leur appartenant, mais qui ont été saisies et cédées à un groupe agro-industriel malaisien.

«Notre gouvernement doit s'occuper de nous et empêcher ces personnes de nous tuer en silence. Qu'avons-nous fait pour mériter toutes ces souffrances ? Ces terres nous appartiennent. Nous sommes nés ici, nos enfants sont nés ici. C'est le seul endroit que nous connaissons», s’indignent les villageois libériens. L’article d’IRIN révèle qu’une pétition avaient été envoyée au cabinet de la présidente Ellen Johnson Sirleaf par les représentants politiques des personnes lésées demandant la restitution de ces terres.

A l’ouest ivoirien, il est clair que les choses ne sont pas loin de s’acheminer dans ce sens. Amadé Ourémi et ses lieutenants ont d’ailleurs révélé subtilement le complot en préparation : «Nous avons combattu aux côtés des Forces nouvelles. En récompense, on nous demande de travailler dans les forêts classées jusqu’à ce que le gouvernement nous récompense». Des propos tenus, en août 2011, à un confrère de Fraternité Matin qui a séjourné à l’Ouest dans le cadre d’un reportage sur le massacre de civils à Duékoué par les forces pro-Ouattara.

En clair, la stratégie pourrait consister à favoriser l’installation d’anciens combattants étrangers dans les forêts pour les utiliser comme main d’œuvre dans les mois à venir. Après avoir fait fuir les propriétaires légitimes des terres… Au plus fort de la crise, ce sont ces mêmes multinationales qui avaient favorisé la création d’un port sec en zone de confiance, notamment à Fengolo dans la zone de Duékoué, et tracé le cheminement du cacao jusqu’au Burkina Faso puis au Togo.

Gilles Naismon

Source : Le Nouveau Courrier : Dernière Mise à jour : 06/03/2012

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