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06 mars 2012

Criminalité en hausse et vide sécuritaire à Bouaké : Attaques avec violences contre des véhicules

Human Rights Watch a interrogé des victimes de 15 incidents relevant du grand banditisme sur les routes, survenus entre décembre et février à Bouaké et dans les environs. Treize hommes ont été tués et cinq femmes ont été violées au cours de ces attaques. Des récits crédibles fournis par la presse ivoirienne et des habitants de Bouaké ont apporté des détails sur 12 autres attaques commises contre des véhicules ou des entreprises dans le centre de la Côte d’Ivoire, lors desquelles au moins neuf autres personnes ont été tuées dans des circonstances semblables. Des résidents ont déclaré que les déplacements interurbains de nuit dans la région étaient devenus presque impossibles à cause du danger, tout en précisant que les attaques se produisaient aussi souvent de jour.

La criminalité, notamment le braquage armé constitue un problème grave en Côte d’Ivoire depuis des années, en particulier dans les régions du Nord et de l’Ouest. L’expert indépendant nommé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en juin 2011 pour observer la situation en Côte d’Ivoire en matière de droits humains, ainsi que des responsables de l’ONUCI, ont exprimé leur préoccupation au sujet de la criminalité devenue endémique à la suite des violences post-électorales. Des responsables de l’ONUCI ont déclaré à Human Rights Watch en janvier que si la criminalité à Abidjan a diminué vers la fin de 2011, les incidents autour de Bouaké et de Yamoussoukro en particulier ont en revanche augmenté.

Deux moyens de transport semblent être les cibles privilégiées des attaquants: les véhicules de transport interurbains et les motos. Le 23 janvier, Ibrahima Karim a été tué par balles dans la banlieue de Bouaké alors qu’il se déplaçait sur sa moto, que ses agresseurs ont ensuite volée, selon des témoins. Le 14 janvier, vers 18h00, une femme âgée de 42 ans revenait d’un marché de Bouaké sur sa moto lorsque deux hommes, également à moto, ont commencé à la suivre, selon le récit qu’elle a fait à Human Rights Watch. Elle a déclaré: « L’homme qui était à l’arrière de la moto était armé et ils m’ont ordonné de m’arrêter et de descendre de ma moto. Ils m’ont dit que si je ne le faisais pas, ils me tueraient. Ils ont vu mon [téléphone] portable et me l’ont pris, ainsi que mon argent. J’ai crié mais personne n’est intervenu. » Une habitante de Bouaké a dit à Human Rights Watch qu’il n’était plus possible pour les femmes de se déplacer à moto dans la région.

Un commerçant âgé de 57 ans a décrit une attaque commise le 15 décembre contre un véhicule de transport interurbain, semblable à plusieurs autres documentées par Human Rights Watch, dans laquelle une personne a été tuée:

Nous nous rendions vers 19h00 de Bouaké à Sakassou, à environ 60 kilomètres. Les attaquants avaient barré la route avec leur voiture et attendaient là, avec de gros fusils. Ils étaient six. Ils ont arrêté notre camion et nous ont crié de descendre et de nous allonger sur le sol. Ils nous ont tout pris – nos [téléphones] portables, notre argent et toute la marchandise qui était dans le camion. Ils ont fouillé tous nos bagages et les ont emportés dans le taxi dans lequel ils étaient venus.

Alors que nous étions étendus à plat ventre, un homme a tourné la tête et les a regardés. L’un d’eux s’est aussitôt approché de lui et l’a tué avec son arme; ce n’était pas un pistolet mais un gros fusil, du genre que les militaires portent en ville. Le type qu’ils ont tué avait à peu près 45 ans. Ils étaient masqués; nous ne pourrions même pas les identifier.

Quand ils eurent fini de tout mettre dans la voiture, ils nous ont brutalisés un peu. Ils nous ont frappés dans le dos et à la tête avec leurs fusils et leurs bottes…. Quand nous y réfléchissons, nous pensons que ce sont les FRCI [Forces républicaines] qui font cela. Je suis à Bouaké depuis longtemps mais je ne pourrais pas les reconnaître. Ils avaient caché leurs visages, avec des cagoules, des écharpes, tout ce qu’ils avaient. Et si vous les regardez, ils vous tuent.

Il y a constamment des attaques comme celle-ci. C’est devenu très sérieux. Nous n’avons pas le courage de prendre une [moto] pour aller à 10 kilomètres. Même en plein centre de la ville, ils vous tueront. La nuit, c’est particulièrement dangereux. Ils braquent des maisons, peut-être encore plus souvent que des véhicules…. Dans la brousse, ils attaquent même en plein jour. Et ils tuent des gens, avec leurs fusils de guerre. Ils attaquent sur de nombreuses routes. Il y avait des braquages et des viols avant [la crise post-électorale], mais pas à ce point-là.

Plusieurs victimes et témoins se sont dits convaincus que les bandes criminelles étaient organisées et qu’elles s’en prenaient parfois à des véhicules et à des personnes bien précis. Un homme âgé de 25 ans, qui a été dévalisé entre 20h00 et 21h00 le 18 janvier sur la route entre Bouaké et Katiola, a raconté que des hommes armés de kalachnikovs avaient arrêté le gbaka(minibus) dans lequel il voyageait et avaient semblé viser particulièrement un homme plus âgé – qu’ils ont fait descendre du véhicule et emmené. Le témoin a indiqué qu’il s’agissait d’un homme d’affaires en vue qui, selon ce qu’il avait entendu dire, avait sur lui une somme importante en argent liquide. Les victimes et plusieurs autres personnes ont été détroussées de leur argent et de leurs téléphones portables, avant d’être autorisées à poursuivre leur route dans le gbaka vers Katiola.

Un autre résident de Bouaké qui travaille dans l’une des gares routières de la ville a déclaré à Human Rights Watch que ses collègues et lui étaient persuadés que les bandits disposaient d’informateurs dans cette gare – car les véhicules transportant des passagers d’allure prospère tendaient à être systématiquement attaqués. De la même manière, les bandes criminelles ont pris pour cible plusieurs des plus importantes compagnies de la ville, dont la Société Ivoirienne des Tabacs(SITAB) qui, fin janvier, a été victime d’un hold-up de plusieurs millions de francs CFA en plein jour.


source : Human Rights Watch

ABIDJANDIRECT

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