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02 février 2012

Promotions à caractère tribale et partisan dans l’armée: 140 ex-rebelles promus officiers sans concours

 

Armee-de-Ouattara.jpgL’armée ivoirienne vit une situation inédite depuis la prise du pouvoir de M. Alassane Ouattara. Cette atmosphère qui emprisonne dangereusement les rapports entre les militaires dans les casernes résulte de la signature le 28 décembre 2011, par le nouveau chef de l’Etat Alassane Ouattara, du décret portant promotion à titre exceptionnel de 140 personnes, ayant servi activement dans la rébellion armée, au grade d’officier de l’armée ivoirienne. Il s’agit d’un médecin-colonel, de trois Commandants, sept capitaines, 109 lieutenants des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) et de 20 lieutenants de gendarmerie.

La particularité de ces nouveaux promus, c’est qu’ils sont majoritairement originaires du Nord du pays (voir liste jointe), de grades nettement inférieurs (soldats de rang, caporaux et sous-officiers de deux V), n’ont subi aucun test d’admissibilité au grade d’officier et n’ont pas suivi la formation de l’école des forces armées et les cours d’application des officiers à l’école de la gendarmerie d’Abidjan (pour les gendarmes). En fait, les valeurs de discipline, d’intégrité et de compétences avérées qui font le socle de l’armée ivoirienne sont foulées au pied par le nouveau régime au nom du fameux prétexte de «rattrapage». Depuis plusieurs mois déjà, plusieurs chefs de guerre, partant de rien du tout, avaient été nommés à des grades d’officiers supérieurs en prenant pour prétexte les Accords politique de Ouagadougou. Or, lesdits accords initiés et acceptés par le président Laurent Gbagbo pour le retour définitif de la paix en Côte d’Ivoire ne prônent pas de mauvais exemples.

Car, les rebelles com’zones qui ont été promus officiers à titre exceptionnel devaient prendre leur retraite automatiquement après avoir reçu leurs grades à la fin de la crise post-électorale. Des militaires rencontrés au ministère de la Défense ne cachaient pas leur colère. «Ces promotions faites par le chef de l’Etat Alassane Ouattara ne renforcent pas la cohésion entre les frères d’armes. Tous ces promus sont pour la plupart du Nord et ils ont combattu contre nous depuis 2002. On les a mis en déroute lors du coup d’Etat manqué. Ils ont formé la rébellion tandis que nous défendions la République contre ses agresseurs. Ils ont pris les armes contre le pays, tué des collègues et on les récompense en les nommant directement officier. Il y a même parmi eux des civils qui sont devenus automatiquement officiers. C’est grave !», a dénoncé un sous-officier de l’armée de terre, sous le couvert de l’anonymat. Un autre militaire renchérit en ces termes : «C’est une récompense tribale. En dehors des 140 promus, l’Etat-major a envoyé en novembre dernier, à l’école des forces armées de Zambakro à Yamoussoukro, une liste de 24 personnes admises, sans passer le concours d’entrée dans la plus grande école de formation militaire de notre pays. Parmi ces hommes, tous du Nord, il y a un seul Baoulé, Koffi Jean Charles. Ils font la formation d’officier avec ceux qui sont officiellement admis. C’est de la mal-gouvernance qui a cours dans les rangs des forces armées ivoiriennes et cela compromet l’ordre, la discipline et le respect de la hiérarchie».

Nos interlocuteurs ont évoqué la présence des meneurs de la promotion Zinzin et Bahéfouê qui ont revendiqué leur intégration dans l’armée en 1999, parmi les nouveaux promus d’Alassane Ouattara. Pour de nombreux militaires et gendarmes, ces promotions à titre exceptionnel de certains soldats radiés des effectifs de l’armée pour atteinte à la sûreté de l’Etat ne sont pas faites pour les encourager dans le travail du métier des armes.

Didier Keï

Source: Notre voie

INFODABIDJAN

 

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