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02 février 2012

Jean Ping, victime d’Alassane Ouattara.

 

 

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Les dirigeants de l’Union africaine (UA) ne sont pas parvenus à élire un nouveau président de la Commission de l’UA, lundi lors du 18e sommet à Addis-Abeba.

 

Candidat à sa propre succession, Jean Ping, soutenu par le chef de l’état ivoirien n’a pu être réélu. Banal fait à première vue.

Mais cet échec apparaît comme une véritable humiliation pour l’intéressé et comme un camouflet diplomatique pour la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara qui, comme à son habitude avait surmédiatisé son soutien, faisant d’ailleurs de Jean Ping le candidat de la Cedeao.

Après être allé remercier le président français Nicolas Sarkozy en France pour son soutien qui lui a permis de prendre possession du palais d’Abidjan, Alassane Ouattara tenait certainement à remercier Jean Ping pour les mêmes raisons ayant conduit à l’humiliation de l’Afrique. Pour mieux se valoriser aux yeux de ses homologues africains, c’est directement de Paris que le chef de l’état ivoirien, plus président des Nordistes que de la Côte d’Ivoire, a atterri à Addis-Abeba. Une façon de dire à ses homologues africains, “je suis le dernier à avoir rencontré le grand manitou, donc porteur de ses instructions”. C’était oublier que le complexe de la France n’est pas vécu de la même façon en Afrique Australe qu’en Afrique occidentale, majoritairement francophone et rampante devant Sarkozy. Cette Afrique Australe, décomplexée, qui a chèrement acquis son indépendance par des décennies de lutte, au prix du sang. Accueilli en grandes pompes à Paris, Alassane Ouattara se voyait déjà leader de l’Afrique occidentale, affirmant péremptoire vouloir prendre des initiatives en Afrique de l’Ouest.

Si en Côte d’Ivoire, les questions de légitimité se règlent à l’arme lourde et que l’on peut s’imposer à son peuple grâce à une milice tribale aux ordres, ce n’est certainement pas le même dispositif au niveau de la communauté internationale africaine. Nicolas Sarkozy qui s’abritait derrière les subventions de l’Union Européenne pour humilier les dirigeants africains a désormais en face de lui la Chine. Sans bruit, ni conditionnalités, la Chine vient d’offrir à l’Afrique le siège flambant neuf de l’Union Africaine. La Chine a tellement bien compris que la main qui reçoit est toujours en dessous de celle qui donne, qu’elle a aussi financé sans conditionnalités trois années d’entretien de ce siège rendant du coup inopérant le chantage de la subvention de l’Union Européenne à l’UA. Libérés de ce chantage, les Africains ont pu s’exprimer selon leur besoin de dignité. Jean Ping en est la première victime et sa défaite prend les allures d’une humiliation, payant ainsi sa gestion de la crise ivoirienne et de l’attaque de la Libye par l’Otan. En effet, conformément aux textes de l’UA, son adversaire, la sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma s’est retirée après trois tours de vote sans majorité qualifiée.

Malgré ce retrait, le désormais ancien président de la Commission de l’UA n’a pas réussi à atteindre deux tiers des voix des 54 Etats membres de l’UA pour être reconduit, soit 36 voix, selon les statuts de l’organisation. Même candidat unique, plus d’une vingtaine d’états ont refusé d’accorder leur confiance à Jean Ping. Du jamais vu dans les annales de l’UA. Là où, Laurent Gbagbo, portant à bout de bras la candidature de Jean Ping en 2008, l’avait conduit à la victoire dans un contexte de crise ivoirienne, Alassane Ouattara n’a pas réussi à faire passer les vues de son parrain Sarkozy. Malgré tous les moyens déployés dont une forte délégation de lobbying qui l’a précédé en Ethiopie. Au finish, celui dont les partisans ont érigé en système politique, les pillages et les assassinats des Ivoiriens qui ne pensent pas comme eux, agace chaque jour un peu plus l’Afrique et Jean Ping en paye le prix. Le prix de son zèle et de ses soutiens dont peu d’Africains sont fiers. Avec des adorateurs fanatisés et peu éduqués, il n’est pas sûr qu’il en prenne conscience de si tôt. Pourtant, Sarkozy et Ban Ki-Moon continuent encore de s’expliquer sur l’intervention militaire française en Côte d’Ivoire. Preuve que les Africains n’ont pas été dupes.

En affichant le poster de Kouamé N’krumah devant la façade du bel édifice, les dirigeants de l’Afrique donnent un signal fort et une orientation politique. Quand on sait que la construction de ce siège a été obtenue sous la présidence de la Commission de l’UA par l’ancien président malien Alpha Oumar Konaré, homme de Gauche, on comprend que l’Afrique progressiste a marqué de précieux points à Addis-Abeba.

C’est dans ce contexte, qu’interrogé par RFI le lundi 30 janvier 2012, le cardinal Christian Tumi, archevêque émérite de Douala, a déclaré: ?Je ne suis pas d’accord avec ce que la France et l’ONU ont fait en Côte d’Ivoire. J’ai posé une question à un évêque là-bas: “qui a gagné les élections chez vous?” Il m’a dit sans hésitation: c’est Gbagbo. Maintenant il est à La Haye. C’est pénible pour l’Afrique”.

Et le prélat de poursuivre, ?Après consultations avec certains évêques de la Cote d’Ivoire tous ont confirmé la victoire du président Laurent Gbagbo; je ne comprends pas pourquoi, ils sont muets quand ils doivent l’affirmer en Cote d’ivoire. Est ce des hommes de Dieu ou ont-ils peur de le dire de peur d’être massacrés?”

Question très édifiante qui fournit elle-même sa réponse. Oui, Eminence, ici en Côte d’Ivoire, il ne fait pas bon de dire la vérité. Après sa prise de position courageuse, votre frère, son Eminence Mgr Bernard Cardinal Agré en a fait les frais et son domicile et ses biens ont été pillés, sans compter les propos d’une rare virulence d’une “fervente” catholique devenue par la suite ministre dans le gouvernement de la démocratie à l’arme lourde. Oui, Eminence, ici tous ceux qui ont tenté de dire cette vérité qui vous semble si évidente, ont été accusés de soutenir un gouvernement illégal et sont, soit en prison, soit en exil pour les plus heureux. La Côte d’Ivoire détient le record Guinness du plus grand ratio du nombre de cadres exilés ramené au nombre total de ses cadres. Mais ici, le pouvoir en a cure. L’explication de cette situation se trouverait dans l’histoire du roi Hérode qui, parce que non descendant de David, entretenait avec les Juifs, les rapports les plus conflictuels. Les démolitions et les pillages rappellent aussi la même histoire.

Oui, Eminence, ici, sous l’actuel régime, les hommes de Dieu de votre bord sont les grandes victimes de la violence, des vols et des braquages, sans doute au nom du “rattrapage”. Ici, Eminence, plus de 95% des déplacés et des exilés sont des chrétiens car le “rattrapage” fait d’une religion et d’une région le facteur de domination sur le reste de toutes les autres populations désormais qualifiés de “minorités”. Oui, Eminence, ici la démocratie a pris des allures d’un drame pour les Ivoiriens et seule leur Foi en Jésus-Christ et en un Dieu fidèle leur permet de vivre. Ici, la Foi n’a heureusement pas vacillé et votre courage sonne comme le rappel que Dieu ne les a pas oubliés.

Koula Tere in le nouveau Courrier

IVORIAN

 

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