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30 janvier 2012

Sénégal : Wade joue avec le feu

 

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Le président Wade a choisi la manière forte après les émeutes de vendredi soir à Dakar. Plusieurs opposants ont été arrêtés samedi. 

Après une nuit d’émeutes, Dakar a retrouvé un semblant de paix. Seuls subsistaient dans les rues de la capitale sénégalaise les stigmates des violences de la veille, au cours desquelles un policier a trouvé la mort : boutiques incendiées, rues encombrées de pierres et de pneus brûlés.

Combien de temps ce calme peut-il durer? La décision du Conseil constitutionnel de valider la candidature du président sortant, Abdoulaye Wade, à l’élection présidentielle du 26 février a mis en rage une partie du Sénégal. Et la tension semble loin d’être retombée. "Nous invitons toute la population à s’organiser et à se mobiliser pour faire face à Wade. Le combat ne fait que commencer", expliquait ainsi un communiqué de M23, le mouvement qui regroupe les principaux partis d’opposition et les représentants de la société civile. Youssou Ndour, la star internationale de la chanson, lui aussi candidat au scrutin, s’est joint au mouvement de protestation. Il est l’un des trois postulants - sur 17 - à avoir vu sa candidature rejetée par le Conseil constitutionnel. Il a déposé samedi soir un recours.

 

Le pouvoir aurait "payé des nervis" pour semer le trouble

Les opposants, qui ont appelé dans un premier temps à "marcher sur le palais présidentiel pour en déloger Wade" avant de se raviser, sont d’autant plus remontés que le pouvoir semble avoir choisi la manière forte pour répondre à la contestation. Plusieurs dizaines de membres du M23 auraient été arrêtés dans tout le pays samedi. Parmi eux, son porte-parole, Alioune Tine, célèbre défenseur des droits de l’homme en Afrique. Il se trouvait encore samedi soir dans les locaux de la Division des investigations criminelles (DIC) à Dakar.

Selon des témoignages recueillis sur place, les policiers se montrent également particulièrement nerveux. La direction du parti socialiste a confirmé de son côté que des gardes du corps avaient été "attaqués" et"matraqués" dans leur voiture. "C’est la première fois que des forces de l’ordre osent pénétrer dans l’enceinte de notre siège et tirer des balles à blanc!", s’insurge un militant. Des témoignages de scènes de guérilla urbaine et de tentatives d’infiltration ont été corroborés par le camp du candidat libéral Macky Sall."Un commandant de police a été obligé d’intervenir pour réprimander ses troupes, qui nous insultaient après nous avoir viré de nos véhicules", raconte Me Moussa Diop, un avocat de ce mouvement. Des membres du Parti socialiste affirment également que le pouvoir aurait "payé des nervis" chargés de semer le trouble vendredi soir.

Quant au président lui-même, il a traité par le mépris la réaction de ses opposants, la qualifiant sur les médias d’État de "manifestations d’humeur qui ne conduisent à rien". À 85 ans, dont près de douze passés à la tête du pays, "le Vieux" estime se sentir suffisamment en bonne santé pour rempiler sept ans. Inacceptable aux yeux d’une opposition qui l’accuse d’avoir modifié la Constitution afin de se présenter de nouveau. Inacceptable aussi pour une partie de la jeunesse, qui lui reproche de n’avoir pas su s’attaquer aux maux qui frappent le Sénégal : chômage, vie chère, pénuries, coupures d’eau et d’électricité.

La France, dont 25.000 ressortissants vivent actuellement au Sénégal, a réagi samedi en demandant au Conseil constitutionnel de statuer "de manière claire et impartiale sur les réclamations" émises par les candidats exclus du scrutin. Le ministère des Affaires étrangères dit également souhaiter que "toutes les opinions, dans leur diversité, puissent s’exprimer à l’occasion de cette élection présidentielle". En privé, les diplomates du Quai d’Orsay prennent moins de gants pour évoquer le jusqu’auboutisme du président sortant. L’un d’entre eux lâchait ainsi il y a quelques semaines : "On ne sait plus comment dire à Wade de ne pas se présenter".

 

 

Source :  CAMEROONVOICE

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