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29 janvier 2012

SPÉCIAL SYRIE : La mission « démissionnée » par la Ligue arabe

 

La Ligue arabe au Caire, le 22 janvier : sa gestion du dossier syrien est "exemplaire" de confusion, de duplicité - et d'inefficacité

Après l’avoir imaginée et organisée, presqu’imposée à la Syrie, soutenue contre les Occidentaux et les Etats du Golfe, accepté son premier rapport et prolongé son mandat, la Ligue arabe a finalement décidé, samedi 28 janvier, de « suspendre » sa mission d’observation en Syrie, « avec effet immédiat » a précisé Nabil al-Arabi le n°1 de la Ligue – ou 1 bis, si l’on prend en compte la direction de fait l’émir du Qatar ou de son ministre des Affaires étrangères ben Jassem al-Thani. Le gouvernement syrien a, par un communiqué lu à la télévision, exprimé son regret et sa surprise de la décision de la Ligue arabe. « Surprise« , certainement pas, « regret« , ce n’est pas certain, mais après tout on est là en pleine partie de ping-pong diplomatique…

Du prétexte invoqué aux raisons – à peine – cachées

Le prétexte officiel de cette nouvelle palinodie ? « La grave détérioration de la situation en Syrie et le recours continu à la violence » explique dans son communiqué al-Arabi. De fait, le chef de la mission d’observation, le général soudanais Mustafa al-Dabi, avait fait état d’une aggravation du niveau de violence ces derniers jours.

Et c’est vrai, le niveau de violence s’est accru depuis la semaine dernière en Syrie. Parce que les groupes armés, sans réelle perspective politique, multiplient leurs activités de guerre civile. Et parce que le régime semble vouloir, à Homs, Hama et partout où ces groupes défient l’autorité et pourrissent la vie de la population, passer à l’offensive décisive.

La violence a beau être réelle sur le terrain, elle a, si l’on peut dire, bon dos : en réalité, la Ligue arabe était complètement en porte-à-faux avec cette mission qui contredisait dans ses rapports et les déclarations de la plupart de ses membres, la thèse qu’elle voulait imposer : une responsabilité majeure du régime de Bachar al-Assad dans les troubles, avec pour conséquence logique le départ de celui-ci. Et on se souvient que le texte adopté par la Ligue le 22 janvier au Caire, réclamait le retrait du président syrien du pouvoir, et la formation rapide d’un gouvernement d’unité nationale incluant les radicaux du CNS.

Bachar ayant opposé une fin de non recevoir à cette tentative de « coup d’Etat soft » et claqué ainsi la porte au nez de la Ligue à direction qataro-séoudienne, la mission des observateurs n’était décidément de plus aucune utilité pour ses instigateurs. Et même elle était une source d’ennuis, les monarchies du Conseil de coopération du Golfe ayant décidé de retirer leurs observateurs de cette mission, histoire de la délégitimer un  peu plus. En fait, c’était l’unité, voire le financement de la Ligue arabe – le Qatar ou l’Arabie Séoudite doivent être de plus gros contributeurs au budget de la Ligue que le Soudan, la Mauritanie ou l’Egypte – qui étaient désormais menacés par cette mission. Qui devait, dans l’esprit de ses initiateurs, enfoncer d’avantage le régime syrien et qui, finalement, a déstabilisé la Ligue arabe, confrontée à sa plus grave crise interne depuis la guerre du Golfe.

La Ligue arabe est « out »

Et maintenant ? Eh bien les observateurs – plus d’une centaine – vont rester sur place jusqu’à nouvel ordre de la Ligue arabe. Dont le patron Nabil al-Arabi a déclaré que les ministre des 22 Etats membres devraient bientôt se revoir dans la première quinzaine de février, pour faire le point. Avant cela, Al-Arabi et le président du comité spécial de la Ligue arabe sur la Syrie – qui n’est autre que le Premier ministre du Qatar ! – iront rendre visite mardi 31 janvier à Ban Ki-moon à New York, afin de voir ce qu’il est encore possible de faire contre Damas au Conseil de sécurité.

Justement, à ce sujet du Conseil de sécurité, Ahmed ben Hali, secrétaire général adjoint de la Ligue, a indiqué que son patron Nabil al-Arabi et le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avaient eu samedi un entretien téléphonique. Point n’est besoin d’avoir mis sur écoute cette conversation pour en deviner la teneur et la conclusion : sans y croire sans doute, Nabil al-Arabi a dû demander à son interlocuteur d’assouplir la position de la Russie sur  le « plan de paix » de la Ligue arabe repris par les Occidentaux dans leur nouveau projet de résolution et qui donc demande le départ de Bachar. Et Sergueï Lavrov a dû, une fois de plus, lui opposer un « niet » franc et massif. L’ambassadeur russe à l’ONU, Vitali Tchourkine, a d’ailleurs réaffirmé samedi 28 janvier que le texte arabo-occidental soumis au Conseil de sécurité comportait des « aspects inacceptables« , mais que son pays était prêt à poursuivre les négociations.

La Ligue arabe étant, en dépit de ses déclarations, communiqués et sommets, hors jeu dans le dossier syrien, les Occidentaux étant toujours fermement bloqués au Conseil de sécurité par la Russie et la Chine, l’OTAN et la Turquie ayant réaffirmé, contraints et forcés par les réalités de terrain, qu’il n’était pas question d’une intervention militaire, le Qatar et l’Arabie séoudite n’ayant évidemment pas les moyens de pallier leur « défaillance », le problème n°1 de la Syrie demeure l’éradication des bandes armées qui ensanglantent et perturbent la vie du pays. Et le problème n°1 bis la mise en place rapide des réformes politiques et administratives.

Retour à la case départ, en quelque sorte, mais avec quand même une Syrie renforcée par une résistance de 11 mois de son Etat et de la majorité de son peuple, le soutien jamais démenti de puissants alliés et les fautes et défaillances de ses ennemis.

Ahmad ben Jassem al-Thani, chef officiel de la diplomatie qatarie, et chef de fait (jusqu'en mars au moins) de la Ligue arabe : à défaut d'avoir obtenu la peau de Bachar, il a divisé et démonétisé (un peu plus) la Ligue

 

 

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