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16 janvier 2012

Charles Blé Goudé : « Voici ce qu’il faut pour sauver la Côte d’Ivoire »

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En ce début d’année 2002, vous avez lancé un appel au dialogue en direction de l’actuel pouvoir. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce concept et sur l’esprit qui vous anime ?

 

Je voudrais souhaiter bonne et heureuse année 2012 aux Ivoiriennes et aux Ivoiriens, et m’incliner devant la mémoire des nombreuses victimes tombées durant cette crise post-électorale. Pour répondre à votre question, je dirai que la Côte d’Ivoire est à la recherche de ses marques, à la suite d’une crise qui perdure. Je pense, en tant qu’acteur politique, qu’après les législatives qualifiées de «désert électoral», le message des Ivoiriens est clair. Ils sont déçus.   Les exactions des FRCI, qui échappent au contrôle du pouvoir au point que l’on est obligé d’aller dans la rue pour les désarmer, posent la question préoccupante de la sécurité en Côte d’Ivoire. Des dizaines de milliers d’Ivoiriens croupissent dans des camps de réfugiés à l’extérieur du pays dans des conditions difficiles sans que cela émeuve le pouvoir qui les considère comme des citoyens dont la Côte d’Ivoire peut se passer. Je pense que c’est une erreur que d’agir ainsi. De nombreux cadres de la Nation sont en dehors de la Côte d’Ivoire. De nombreux militaires et civils sont en prison. Cerise sur le gâteau, le président Gbagbo est détenu à la CPI. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, aucun pays ne peut se développer dans de telles conditions ou l’incertitude le dispute avec l’insécurité généralisée. Le président Gbagbo, père du « asseyons nous et discutons », père du « dialogue direct » nous a enseignés que le dialogue est l’arme des forts. C’est pourquoi j’ai proposé que le pouvoir engage des consultations avec d’une part l’opposition politique, et d’autre part les militaires FDS et anciens FAFN. Pour que cela puisse aboutir à ce que j’ai appelé un nouveau consensus national. Pour que la Côte d’Ivoire puisse enfin repartir sur de bonnes bases.


Du côté de l’actuel régime, l’on dit que de toute façon vous êtes un sujet judiciaire. Et que vous ne devriez pas demander des négociations mais vous rendre purement et simplement. En dehors des faucons qu’on entend, avez-vous des contacts avec des personnalités sensibles à votre appel ?

J’ai lancé ce concept de discussions qui aboutirait à un nouveau consensus national face au monde entier et à l’opinion nationale pour que la Côte d’Ivoire puisse sortir de l’impasse. Mais c’est la responsabilité du pouvoir de vouloir ou de ne pas vouloir. J’ai fait ma proposition, le pouvoir n’est pas obligé de répondre positivement. Mais je l’encourage à faire en sorte que les Ivoiriens discutent de tout ce qui ne va pas aux niveaux politique, économique et sécuritaire. Parce qu’on ne gère pas un pays qu’avec son camp mais aussi avec ceux qui sont en face. Je crois que ce qui fait d’un homme un chef, c’est sa capacité à maitriser les extrémistes de son camp et à s’ouvrir aux autres. J’ai lancé le concept, je souhaite qu’il se transforme en réalité parce que les Ivoiriens et la Côte d’Ivoire en ont besoin. Je pense que c’est aussi et surtout la responsabilité du pouvoir d’ouvrir ces négociations. Quand on poursuit les FRCI dans la rue pour leur arracher des armes, cela signifie qu’il y a un problème de leadership, d’influence et d’adhésion à un discours. Je propose donc des négociations avec tous les hommes en armes, y compris les militaires, gendarmes et policiers qui sont en dehors de la Côte d’Ivoire. On ne peut pas parler de développement économique et d’investissements dans un environnement sécuritaire qui laisse à désirer. Je ne fais pas cette proposition pour moi, mais pour notre pays qui a besoin de se repositionner. Ces discussions peuvent se faire sans moi. Je ne suis pas à ma première proposition. Sous Laurent Gbagbo, j’ai proposé et organisé la caravane de la paix. En juin 2006, J’ai rencontré les jeunes de l’opposition quand les audiences foraines étaient émaillées de violences extrêmes. J’ai toujours été un homme de compromis. Certains ont toujours préféré me voir non pas en observant mes actes mais en me collant des étiquettes à tort. Je pense qu’il est encore temps pour les uns et les autres de mettre leurs intérêts personnels de côté pour que des négociations responsables soient engagées. En Côte d’Ivoire, il faut redonner à la politique ses lettres de noblesse. On ne parle plus en termes d’adversités mais d’inimitiés. Nous sommes déjà allés trop loin…


Au sein de votre propre camp, certains peuvent considérer que votre démarche est suspecte, et dire que vous avez abandonné le président Gbagbo. Dans la mesure où le FPI n’a pas été associé au départ à votre proposition…

C’est quoi une démarche suspecte ? Une idée germe toujours dans l’esprit d’un individu. J’invite les uns et les autres à ne pas faire une lecture parcellaire et partielle de ma démarche. Evitons de voir les suspects partout et acceptons de faire la politique. C’est pourquoi, Je voudrais  féliciter le Front populaire ivoirien, qui a aussi demandé dans son message de fin d’année à dialoguer avec le pouvoir. C’est ce que nous avons appris de notre maitre, Laurent Gbagbo. Beaucoup d’ivoiriens se sont inquiétés parce qu’ils doutent de la bonne foi du pouvoir. Et ils ont raison. Les Ivoiriens sont déçus et craignent que le pouvoir piège leurs leaders. Ils ont besoin d’être rassurés.   Ils ne refusent pas l’idée du nouveau consensus que nous proposons. Ils estiment avoir beaucoup donné et n’ont obtenu que la guerre et les pillages en retour. Il est de la responsabilité du régime de poser des actes qui rassurent et créent les conditions d’un dialogue franc et sincère, pas avec l’individu Blé Goudé mais avec les deux entités que j’ai indiquées. Mon retour au pays n’est pas à l’ordre du jour. Il faut éviter de réduire la vie de la nation à notre personne car cela conduit souvent à la perdition.


Un dialogue national sans l’implication du président Gbagbo, incapable de participer à la discussion parce qu’en prison à La Haye, est-il possible ?

Gbagbo Laurent est victime d’un complot international que  beaucoup de ses disciples comme moi continuent de dénoncer. Ces adversaires l’ont diabolisé et transféré à La Haye  pour l’exclure du débat politique en Côte d’Ivoire. Moi, je tiens au retour de Laurent en Côte dIvoire tout comme je tiens à son retour dans le débat politique. La question est de savoir comment on s’y prend ? Car pour participer au débat politique il faut que le Président Gbagbo recouvre sa liberté. En politique, il y a la scène politique et les couloirs de la politique. La réponse à votre question se trouve dans la   conjugaison de ces deux voies politiques. On peut aller à une discussion et ne pas tomber d’accord avec l’adversaire mais cela a au moins l’avantage de poser les problèmes qui nous tiennent à cœur. Pour cela je propose de larges consultations avec d’une part les forces politiques et d’autre part, les forces militaires. On ne fait pas la politique avec les émotions et l’orgueil. La politique s’accompagne de stratégie.

 

Etes-vous en contact avec Charles Konan Banny, président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation, à ce sujet ?

Non, je n’ai pas de contact avec Charles Konan Banny. Je ne connais pas le cahier de charges de la commission qu’il dirige  Cela fait plus de huit mois que cette Commission a été installée et je continue de me poser des questions sur sa mission. Doit-il réconcilier le RHDP et le RHDP ?  Je voudrais dire que quand on réconcilie, on réconcilie deux camps entre lesquels la confiance a été rompue par une crise. Il faut donc approcher les différents protagonistes qui, ensemble, peuvent apporter un plus au rétablissement de la confiance. Je constate que les choses vont au ralenti. J’ai fait une proposition. Il appartient au pouvoir de prendre les devants. Quand Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir, il a approché Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara et les a faits revenir d’exil. Il a posé des actes pour montrer qu’il voulait la paix, même si en retour on lui a offert une guerre…


Le président Laurent Gbagbo commence 2012 en prison à La Haye. Le défi de l’unité parmi tous ceux qui se réclament de lui ne se pose-t-il pas ?

Cela me paraît primordial de parler d’unité autour de notre idéal commun.  Nos adversaires nous ont administré une leçon. Qui a pensé que le président Henri Konan Bédié et le président Alassane Ouattara pouvaient se retrouver dans une alliance pour se hisser au pouvoir aujourd’hui ? Je ne crois pas que les petits problèmes de leadership à l’intérieur de notre camp sont aussi profonds que ce qui a opposé Bédié et Ouattara. Nous pouvons les transcender. Alors que notre leader est incarcéré à La Haye, nous devons éviter de régler systématiquement nos problèmes dans la presse. Cela me gêne énormément. Cela ne fait pas honneur à notre camp et à notre cause. Cela dessert notre combat. Il n’est pas trop tard pour se ressaisir. Nous appelons tout le monde au rassemblement.


Propos recueillis par Théophile Kouamouo


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