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06 janvier 2012

LIBYE : LA GUERRE DES MILICES (LE POINT DE SITUATION DU MERCREDI 03 JANVIER 2012).

 

Il aura fallu les combats du mardi et du mercredi 02 et 03 janvier 2012 pour que la presse française se décide enfin à reconnaître que les milices s’affrontent en Libye, notamment à Tripoli. Les « analyses » confuses des médias français ne permettant pas d’y voir clair, quelle est donc la situation sur le terrain ? Par Bernard Lugan.



Un véhicule militaire des rebelles de Misrata, tirant des obus en direction de Misrata  et soutenu par les bombardements de l'« OTAN », pour déloger les pro-kadhafi en mars 2011, lors de la guerre civile en Libye.


Tripoli est l’enjeu d’une lutte entre quatre principales factions armées :

1- Les miliciens de la ville de Misrata, ceux qui ont ignominieusement lynché à mort le colonel Kadhafi, refusent de quitter la capitale où ils constituent en quelque sorte la garde rapprochée du ministre de l’Intérieur, Faouzi Abdelal, lui-même originaire de Misrata. C’est entre ces miliciens et ceux qui soutiennent le « Conseil national de transition (CNT) », que se déroulent les actuels combats. Pour tenter de se concilier Misrata, le faible et impuissant « CNT » vient de nommer un autre originaire de cette ville, le général Youssef al-Mankouch, chef d’état-major d’une armée fantôme avec pour tâche d’intégrer les diverses milices. Il n’est pas interdit de rêver.

2- Les milices islamistes de Tripoli, dont les principales constituent le bras armé du « CNT » et qui sont soutenues par le Qatar, cherchent actuellement à s’imposer dans la capitale tout en tentant de prendre le contrôle de la route menant à l’aéroport international qui est sous le contrôle de la milice de Zenten.

3- La milice de Zenten que la presse présente comme arabe est authentiquement Berbère. Zenten est d’ailleurs un nom berbère puisqu’il s’agit de la déformation de Z’nata ou Zénète, l’une des principales composantes du peuple amazigh. Cette « tribu » berbère arabophone occupe une partie du djebel (Adrar en berbère) Nefusa, autour de la ville de Zenten. L’actuel ministre de la défense, Oussama Jouli est de Zenten. Cette milice détientSeif al-Islam, le fils du colonel Kadhafi, qu’elle traite avec égards et même considération.

4- Dans le reste du jebel Nefusa ainsi que dans la ville côtière de Zuwara vivent les cousins des précédents qui, eux aussi sont des Berbères, mais des Berbères berbérophones et qui disposent de leur propre milice. Si les berbérophones ne constituent qu’un peu plus de 10% de la population de toute la Libye, ils totalisent au moins 20% de celle de la seule Tripolitaine ce qui leur donne un poids régional considérable. Alors qu’ils eurent un rôle militaire déterminant dans la prise de Tripoli, ils sont aujourd’hui les grands perdants de la nouvelle situation politique car, comme avant la chute du régime Kadhafi, ils se retrouvent face à un nationalisme arabo-musulman niant leur existence. Aucun ministre du nouveau gouvernement n’est berbérophone.

Dans cet imbroglio politico tribal, le « CNT », insolitement reconnu comme le seul représentant de tous les Libyens par la France suivie par la « communauté internationale », parait bien seul et bien impuissant. Sa seule marge de manœuvre est de donner des gages aux uns en essayant de ne pas s’aliéner les autres. Pour le moment, son coup est raté car il a déjà contre lui les berbérophones ainsi que la fraction tripolitaine des Warfalla dont le cœur est la ville de Bani Walid. Le grand danger qui menace le « CNT » serait la constitution d’une alliance des mécontents qui engloberait outre les milices de Zenten et du jebel Nefusa, la fraction tripolitaine des Warfalla ainsi que les tribus de la région de Syrte et de Sebha lesquelles n’ont pas oublié le traitement ignominieux qui fut réservé au colonel Kadhafi. Sans compter qu’au Sud, les Touaregs et les Toubou n’ont jamais manifesté de sentiments particulièrement amicaux à l’égard des nouvelles autorités libyennes.

En Libye, tout ne fait sans doute que commencer. Il eut été sage d’analyser la situation en profondeur avant de céder aux injonctions médiatiques de BHL et de foncer tête baissée dans le piège de l’ingérence dite humanitaire.

 

 

Source  : NERRATI

 

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