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05 janvier 2012

Au palais présidentiel et à la primature au Plateau, les conseillers français sont plus nombreux que le personnel ivoirien

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Plus d’un an après la crise post électorale quel bilan faites vous ?

 


Les données ont changé. Ce n’était plus une crise post électorale, mais une crise internationale. Car la Côte d’ivoire n’a déclaré la guerre ni à la France ni à l’Onuci, encore moins aux Frci. On s’est retrouvé face des hélicoptères français sans riposte ni au sol ni venant de la mer encore moins du ciel. Nous avons subi pendant deux semaines des bombardements intensifs. La mission de l’armée française était de traumatiser les populations abidjanaises pour empêcher des réactions. Aujourd’hui, nous avons un pays où la moitié de l’opposition est en exil et avec une opposition intérieur totalement aux abois. Et en sus on vient d’assister au transfert du président Gbagbo au Tpi. Ce sont des faits. Nous avons depuis aout septembre lancé le comité d’actions pour la liberté, une organisation politique pour lutter contre le régime Ouattara. Nous constatons que les réactions ne sont même pas timides, après le transfèrement de Gbagbo. Il n’y a même pas eu un seul regroupement pour manifester ne serait ce que pour l’émotion.


N’est ce pas la peur de la répression surtout après les meetings avortés ou mouvementés du Fpi ?


Vous savez dans ce pays, il y a des gens qui veulent faire la politique sans connaitre l’histoire de la Côte d’Ivoire. La violence et la peur ont commencé avant 1960. La Côte d’Ivoire a eu son indépendance à partir d’un décret français. Aujourd’hui, c’est la France qui a chassé Gbagbo pour installer son homme.


Comment en est-on arrivé là ?


Depuis 1960, on a inculqué la peur dans l’esprit des Ivoiriens. On a eu l’intervention militaire dans le Sanwi, avec 2000 morts. On a eu le génocide Guébié avec 4000 morts. Sous le régime du président Houphouët, pendant longtemps on a vécu dans la peur. Je viens d’arriver au pays, car j’ai fait 30 ans d’exil contre le parti unique. Nous avons lutté pour que la parole soit libérée, en sortant du parti unique. Ce qui a été fait depuis 1990.


Malheureusement, la constitution n’a pas été modifiée. Et les fondements de la démocratie et de la liberté n’ont pas été posés. Les Ivoiriens n’ont donc pas été aguerris. Il y a eu simplement un discours selon lequel désormais en Côte d’Ivoire il y a le multipartisme. Mais quel prix le peuple a payé pour cela ? Y a-t-il un monument aux morts pour les victimes face aux baillonettes de l’occupation coloniale et néocoloniale ? Celui qui t’autorise à parler peut te retirer la parole du jour au lendemain. C’est ce qui a été fait. Il faut réorganiser une nouvelle bataille.


Laquelle ?


L’ambassadeur de France a déjà donné les orientations. Jean Marc Simon a dit que la France a intervenu en côte d’Ivoire pour rétablir le nouvel ordre mondial. Il a avancé que depuis 2003 le pouvoir d’Abidjan avait instrumentalisé le discours antifrançais. Il fallait donc mettre fin à ce discours et réinstaller l’ordre d’une coopération directe avec la France. C’est le néocolonialisme.


Tout vient désormais de Paris. Même les véhicules de la police sont arrivés avec le drapeau et les couleurs françaises dessus. Je les vois circuler à Abidjan avec les mêmes couleurs comme si nous sommes à Paris. Il s’agit de transformer la Côte d’Ivoire en un département français. Aujourd’hui, c’est une Côte d’Ivoire nouvelle. Nous avons travaillé en Europe avec d’autres Ivoiriens et africains et même ici au pays. Ce qui a manqué dans le pouvoir de Gbagbo, c’est la mentalité de mourir pour son propre pays.


C’est pour cela qu’à la veille des bombardements, tous les leaders de la jeunesse patriotique pour la lutte anticoloniale ont disparu de la scène, parce qu’ils n’ont pas été formés à mourir, à donner leur poitrine pour la patrie. Il y a eu même certains cadres et leaders pro-Gbagbo qui ont fui des jours voire des semaines avant sa capture. C’est cette formation que nous voulons donner aux Ivoiriens. Nous allons reprendre le combat là où ils l’ont laissé. Nous allons inculquer aux Ivoiriens à accepter de mourir pour la patrie. Les morts seront recensés, leurs familles également pour être dédommagées après, dans la prochaine et nouvelle Côte d’Ivoire. Notre pays n’a jamais fait la guerre de libération. Donc, notre pays est toujours un département français. Quand les intérêts de la France sont menacés elle fait tout pour faire partir le chef de l’Etat.


Pourtant, le président Gbagbo a donné des marchés et de l’argent aux Français…


Ce n’est pas l’argent que Gbagbo leur a donné qui intéresse les Français. Il faut que les politiques ivoiriens apprennent une chose : les Européens sont des individus qui fonctionnent avec des méthodes.Quand tu menaces un Blanc verbalement, il ne faut pas penser qu’il va attendre que tu viennes l’attaquer. Dès l’instant où tu as proféré la menace ou l’accusation, lui étudie comment il va te frapper. Si tu n’as pas compris cela, il faut aller au village pour faire des plantations de cacao et de café. Quand, je suis arrivé en février 2011, j’ai rencontré des dignitaires Fpi. Je leur ai dit que les Français vont bombarder ce pays. Ils m’ont répondu qu’ils n’ont jamais déclaré la guerre aux Français. Ils me disaient qu’ils avaient un contentieux avec Alassane Ouattara. Mais qui est Alassane Ouattara ? Ce n’est pas l’individu Alassane qui pose problème.


La France dit qu’elle négocie avec celui qui est capable de ramener la paix dans le pays et de préserver ses intérêts. Même Ouattara qui est là actuellement, s’il tient un discours contre les intérêts de la France, il sera enlevé. La France est capable de nous mettre un sergent au pouvoir, l’essentiel c’est la préservation de ses intérêts


Alassane Ouattara a dit que le transfèrement de Gbagbo à la Cpi était la meilleure solution.


Ce n’est pas lui Ouattara qui décide. Il a été reproché à Patrice Lumumba d’avoir prononcé un discours indépendantiste. C’est ce qui l’a conduit à la mort. C’est aussi simple que cela. Ce n’est pas son gouvernement. Thomas Sankara, au Burkina Faso a commencé à tenir le discours du peuple contre l’impérialisme. Il a brandi un pistolet à l’Onu. On n’a pas le choix quand on est d’un pays du tiers monde.


On ne peut continuer à gouverner les pays où les gens sont appauvris et chercher uniquement à gérer les intérêts étrangers. C’est un escadron militaire qui a tué Sankara en plein conseil des ministres. Quand on regarde tous les schémas c’est la parole des Africains que les Blancs écoutent pour agir. Dès lors que tu as déclaré que la France te faire la guerre, discrètement, tu peux envoyer des containers d’argent à Paris, mais il diront que tu n’es pas un homme de confiance. En 2002, l’armée française a refusé d’envoyer les avions pour mater la rébellion. Gbagbo en organisant les patriotes ivoiriens devait se dire que la France allait le frapper.


Mais pensez vous que le président Gbagbo peut sortir de la Cpi ?


Je ne connais pas de président qui est transféré à la Cpi qui en est sorti. Mais, si les Ivoiriens veulent qu’il revienne, tout dépend d’eux. Mais je ne crois pas que les meetings et les discours rameneront Gbagbo au pays.


Comment ?


Tout dépend de l’intensité des pressions pour que la Cpi revienne sur sa décision. Mais moi en tant qu’observateur et journaliste pendant 20 ans à Paris je sais comment le système français fonctionne. Je pense que ce dont on a besoin aujourd’hui ce sont les moyens pour former des gens pour agir contre un régime néocolonial, dirigé directement de Paris.


Avez-vous les preuves?


Allez au palais présidentiel et à la primature au Plateau, les conseillers français sont plus nombreux que le personnel ivoirien. (…)Si nous les Ivoiriens voulons récupérer ce que Ouattara a pris, il faut des gens qui nous fassent confiance pour nous aider. On ne fait pas la révolution uniquement avec le discours. Car nous avons en face un régime néocolonial qui bénéficie de soutien financier et logistique français. Et vous allez dans la rue pour manifester, vous serez massacrés, sans moyens. Nous ne sommes plus dans un Etat de droit où les manifestations de rue sont tolérées, et la démocratie fonctionne, en participant aux élections. NON. Depuis 1973, le Sénégal a expérimenté le multipartisme, sans bons résultats. Aujourd’hui, l’alternance politique n’a rien apporté. Même les élections sont organisées régulièrement. Mais la dimension populaire n’a pas été prise en compte. Les membres de l’élite sont de connivence et le peuple souffre. Ici, en Côte d’Ivoire ce n’est pas totalement différent, toute la classe politique est devenue politicienne. Ils ne luttent pas pour le bien-être du peuple mais pour préserver leurs intérêts.


Mais d’aucuns conseillent la prière aux Ivoiriens ?


Moi, j’ai lu trois fois la Bible. Dieu ne bouge pas si parmi ceux qui parlent il n’a pas confiance à quelqu’un. Israël était en guerre contre les philistins quand Dieu a envoyé David pour battre Goliath. Ce dernier était l’instrument que les philistins avaient formé pour terroriser les guerriers israéliens. Donc, il y avait déjà une armée israélienne qui se battait pour la souveraineté de la nation juive, quand Dieu a fait venir David. Les gens ont une manière drôle d’interpréter la Bible. Je n’ai jamais vu quelqu’un qui est resté dans sa maison et Dieu lui a apporté à manger. Dieu te dit : il y a deux types d’enfants sur la terre : il y a ceux qui appartiennent à Satan et ceux qui viennent de Dieu. Quand tu sais que tu appartiens à Dieu, depuis l’enfance tu vois.


Dieu te parle. Tu entends la voix de Dieu ou dans les songes. Quand c’est comme cela tu demandes à ton Dieu ce qu’il veut. Tu peux ainsi dire : « Seigneur je considère que le pouvoir là n’est pas bon ; donc je veux faire ça ! » Il y a des hommes de Dieu qui disent que si Alassane Ouattara est là c’est la volonté de Dieu. Ils disent que les Ivoiriens doivent se repentir car ils ont commis trop de péchés. Le passage dans la bible où un pays est envahi à cause des péchés c’est quand Madian a envahi Israël pendant 7 ans comme exactement le cas que nous avons aujourd’hui. Une invasion qui va jusqu’à dans les maisons des gens.


Donc, des pasteurs demandent que les Ivoiriens attendent, qu’ils subissent chaque jour les exactions des Frci, qu’ils acceptent tout dans la prière à cause des péchés qu’ils auraient commis. Oui c’est vrai. Mais nous allons combattre. Mais, avant nous allons interroger notre Dieu. Car ceux qui ont pris le pouvoir ont leur Dieu. Depuis Bouaké, ils buvaient le sang. Donc, forcement il y a aura un des Dieux qui sera plus fort que l’autre. Ne nous demandez pas de regarder les gens nous spolier de notre pays. Dans toutes les plantations de la Côte d’Ivoire, les Frci sont là.


J’ai téléphoné à Paris et on m’a donné le chiffre exact des Frci : Ils sont deux millions cinq cent milles (2500000) personnes en armes ou qui ont des armes. Dans chaque village, il y a une vingtaine d’éléments FRCI. On n’a jamais vu cela en Afrique. C’est l’occupation d’un pays. Je ne prierai pas pour que Ouattara règne pendant 5 ans et dépouille la Côte d’Ivoire et que Dieu intervienne. (…) Pour que Dieu exauce nos prières il y a des critères, des conditions qu’il pose. Tu ne peux pas être dans la fornication et puis Dieu va descendre pour te secourir. Tu couches avec les femmes des autres et tu penses que Dieu va t’écouter. Tu ne peux pas mentir chaque jour et penser que Dieu va descendre. Tu ne peux pas être ingrat avec ceux qui t’ont aidé et obtenir une intervention divine. Dieu est miséricordieux. Il n’a pas besoin de huit ans pour pardonner. IL demande seulement l’humiliation. IL y a des gens qui ont commis de graves crimes dans la Bible. Ils se sont couchés, pour pleurer et Dieu a agi en leur faveur. On va agir et on va prier après.


Entretien réalisé par Akessé Laurent


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