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04 janvier 2012

Coopération . Vive la nouvelle «France à fric»

 

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Coopération . Vive la nouvelle «France à fric»

Politique, accords militaires, économie et finance mais aussi médecine et communication constituent les axes d’expression des relations néocoloniales entre le Cameroun et la France. La fin de la françafrique annoncée par Nicolas Sarkozy n’a pas eu lieu.

Il ne faut pas s’y méprendre, le discours du chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy  affiche  bien le volontarisme de la France à rompre avec les liens néocoloniaux d’antan pour bâtir une relation renouvelée entre la France et l’Afrique. C’est fort à propos que l’hebdomadaire Jeune Afrique précise que «Si la Françafrique incestueuse et patrimoniale est morte, celle des réseaux est, elle, toujours bien vivante.»Dans sa publication du 23 mai 2010, le journal de Béchir Ben Yamed observe que, «à une différence-de taille-près : elle est acéphale.»

Pierre Castel
Pierre Castel

Dans les faits, fini le temps où Jacques Foccart, alors «Monsieur Afrique» de l’Elysée se consacrait exclusivement aux affaires dites du «précarré». Le secrétaire général de l’Elysée qui hérite du dossier considère l’Afrique comme une préoccupation, entre autres. Pour l’essentiel, Claude Guéant peut s’occuper de quelques dossiers sensibles. D’ailleurs, le nouveau Monsieur Afrique de la France manœuvre par personnes interposées. Rien d’étonnant donc que la nouvelle françafrique se matérialise par une multiplicité de réseaux. Des réseaux tant afro-français que franco-africains.

Comme la majorité de ses pairs de la zone Franc, le chef de l’Etat camerounais dispose de son propre réseau. Outre le contact entretenu avec quelques conseillers diplomatiques proches du secrétaire général de l’Elysée, à l’instar des Jean David Levitte et autre André Parant, Paul Biya peut compter sur l’appui de Yvon Omnès. Des sources introduites précisent à cet effet que l’ancien ambassadeur de la France à Yaoundé est l’une des plumes de référence du chef de l’Etat camerounais.

Illustration : le discours prononcé par Paul Biya lors de la commémoration du cinquantenaire de l’indépendance du Cameroun porte la griffe de ce diplomate qui garde ses entrées au palais d’Etoudi. Idem du général Benoît Puga qui s’investit depuis quelque temps dans la renégociation des Accords de défense entre la France et le Cameroun. Une démarche qui ne semble pas étrangère à la construction prochaine d’une base militaire africaine dans la capitale économique Douala.

Vincent Bolloré et Pierre Castel sont tous les deux considérés comme des hommes d’affaires français disposant d’une influence certaine auprès des décideurs camerounais. Le premier compte dans le domaine des transports ferroviaires est grandement impliqué dans la gestion du Port autonome de Douala (Pad). Le second, Pierre Castel, apparaît dans le sérail comme le plus influent des patrons français de l’heure au Cameroun. Actionnaire  de référence de l’industrie brassicole camerounaise et d’Afrique,  «Le roi de Bordeaux», comme l’appellent les initiés, bénéficie de nombreuses entrées dans les cercles de décision français.

Arrangeurs d’image

Plus connue pour son rôle d’arrangeure d’image du président Biya, Patricia Balme n’en est pas moins ambassadeur à sa façon du réseau franc-maçon au Cameroun. Même si la Grande loge nationale de France (Glnf), à en croire des initiés, n’entend pas divulguer l’identité de son homme de poigne en Afrique. Mais outre son implication dans ce réseau associatif, Patricia Balme bouscule l’exclusivité dont semblait jouir l’agence de communication Rscg dirigée par son compatriote Stéphane Fouks, conseiller en image de Paul Biya depuis l’année 2001.

Peu connu du commun des Camerounais, Jean Marc Aubert est le médecin de Paul Biya. Mais, il ne s’agit pas seulement d’une relation entre le patient et son traitant. Des sources introduites, une grande amitié lie les deux hommes. Le médecin se positionnant parfois comme un conseiller du chef de l’Etat camerounais sur certaines questions. Il est certes un expert en qui la fondation Chantal Biya fait recours mais le Professeur Luc Montagnier y tient aussi un rôle de conseiller dans de nombreux domaines.

Dans cet univers où l’on trouve des personnalités françaises de compétence et d’obédience diverses, se meuvent des Organisations de la société civile dont le rôle quoique avant-gardiste sur les questions de défense des droits de l’homme et de la protection de l’environnement ne se dissocient pas fondamentalement de celle des intérêts de la France au Cameroun.

C’est que, les réseaux d’influence de la Françafrique restent actifs quel que soit le cours que le vent prend dans le temps. Le terme, comme le définit l’encyclopédie Wikipédia est employé pour qualifier «l’action néocolonial» de la France en Afrique. Selon la même source, elle embrasse l’ensemble des relations personnelles et des mécanismes politiques, économiques, militaires et culturelles, entre autres qui lient la France à ses anciennes colonies africaines. Cette relation qui s’applique aussi à certains pays africains non issus de la colonisation française s’appuie tant sur des réseaux officiels «mais surtout informels»précise l’encyclopédie électronique.


Monnaie. Fcfa, la monnaie du sous-développement camerounais

 

Des économistes expliquent que malgré les avantages qui sont présentés aux pays comme le Cameroun, le franc Cfa est contre productif pour son économie.

Joseph Tchundjang Pouemi, économiste camerounais aujourd’hui décédé, est considéré comme l’un des pères de la lutte pour l’indépendance monétaire en Afrique. Dans son livre écrit en 1979, Monnaie, servitude et liberté, il disait en substance que : « l’indépendance et la santé économique d’un pays passent nécessairement par une monnaie et des finances bien gérés ». La monnaie est un instrument de souveraineté et un levier de la politique économique d’un pays. En ce qui concerne le Cameroun, cette monnaie est le franc Cfa. Il est utilisé dans le pays depuis plus de 50 ans.

En effet, au moment des indépendances, les ex-colonies françaises adoptent une monnaie unique, le franc Cfa (le franc des Colonies françaises d'Afrique, créé en 1945, qui devient par la suite celui de la Communauté financière africaine). Il est alors attaché au franc français par une parité fixe. Pourtant, même s’il s’agit d’une monnaie africaine, elle est entièrement gérée par la France. C’est une réalité qui implique la mainmise des Français sur la politique monétaire africaine, du moins celle des pays de la zone franc. Plusieurs années après, en 1999, cette réalité s’étend à toute la zone euro, puisque la France a adopté cette monnaie.

Situation incroyable

« Mais fort curieusement, ce n’est pas à Frankfrurt, siège de la Banque centrale européenne que le Cfa est géré, mais plutôt à Paris, au Trésor français, où continue d’être logé le fameux compte d’opérations dans lequel doivent être domiciliés 50% de nos réserves de change », s’étonne un autre économiste camerounais, Abanda Pkama. Une situation qu’il trouve « incroyable ! ».

Selon lui, de nombreuses dispositions de la zone franc bloquent tout développement de ces pays, et donc celui du Cameroun. « A titre d’illustration, notre pays a, à ce jour, un dépôt important dans le compte d’opérations. Les banques camerounaises sont liquides. Mais les crédits à l’économie sont de plus en plus rares et la masse monétaire n’augmente guère », regrette-t-il. Conséquence, les entrepreneurs nationaux sont quasiment exclus du crédit moyen et long termes. En revanche, toutes les activités d’importation de biens d’Occident sont encouragées et financées. Sans crédits, les entreprises des nationaux ne peuvent guère se développer. Le champ est ainsi laissé libre aux multinationales.

Autre économiste à expliquer la responsabilité du franc Cfa dans le sous-développement des pays africains, c’est Arnaud Zacharie de l’Université Libre de Bruxelles (Belgique). D’après ses explications, aucune décision monétaire au sein de la zone franc ne peut se prendre sans l’aval de la France. La zone franc est en effet subdivisée en trois sous-régions monétaires qui sont dirigées par trois banques centrales. Le Cameroun, qui fait partie de la Cemac (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale) dépend ainsi de la Banque des Etats de l’Afrique centrale. « Les statuts de ces banques centrales, bien que réformés en 1973, restent nettement à l'avantage de l'ex-métropole », explique Arnaud Zacharie. La Beac, pour ne citer que cet exemple, ne peut délibérer qu'en présence d'au moins un administrateur par Etat membre et un administrateur français.

« Avantages » contreproductifs

Les enjeux d'un tel système sont évidents, continue d’expliquer l’économiste français. La France a conservé des relations commerciales et financières très développées avec ses anciennes colonies. La parité et la libre convertibilité sont assurées par le Trésor français. Une telle garantie rassure les investisseurs français, puisque aucun risque de convertibilité ne vient entraver le rapatriement régulier de leurs bénéfices. A contrario, les avantages présentés aux économies africaines sont légers, voire artificiels et contre-productifs. Il y a en premier cet attrait des investissements directs à l’étranger. Au Cameroun, ils restent des plus timides, même si certains politiques veulent faire penser le contraire.

Deuxièmement, le franc Cfa est sensé épargner au Cameroun les risques de change avec la zone euro, et donc de faciliter voire accélérer les échanges commerciaux avec l’Europe. « Or, cet accès est limité par les mesures de protectionnisme permises à l’Union européenne par l’Omc (Organisation mondiale du Commerce, Ndlr) », souligne Arnaud Zacharie. Autre avantage présenté, mais qui est un véritable leurre : le Fcfa, monnaie unique, facilite la coopération entre les différents pays membres. Bien malheureusement, le fait que cette monnaie unique soit gérée par une autorité extérieure empêche qu’elle soit gérée dans ce but d’unité intérieure. Etant donné que l’Union européenne, qui a hérité des accords franco-africains, a juridiquement toute liberté de modifier selon ses intérêts la parité entre le Fcfa et l’euro.

Conséquence de cette situation décrite et décriée par les économistes, après plus de 50 ans d’indépendance, le Cameroun est un pays complètement sous-développé. Reste qu’en plus de la monnaie qui pose problème, il existe d’autres aspects sur lesquels les gouvernants doivent se pencher pour faire avancer l’économie du pays.

Joseph OLINGA / Alain NOAH AWANA

 

Source : CAMEROONVOICE.COM

 

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