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17 décembre 2011

Le pourquoi du projet de résolution russe

 

 

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C’est certain : en présentant à son tour, jeudi soir 15 décembre, une proposition de résolution sur la Syrie devant le Conseil de sécurité des Nations-Unies, la Russie a provoqué la surprise, et pas mal d’interrogations.

Le texte russe condamne la violence des deux camps en Syrie. Mais, et c’est ce qu’ont retenu les diplomates et médias occidentaux, elle évoque « l’usage disproportionné de la force par les autorités syriennes » et « exhorte le gouvernement syrien à cesser de réprimer ceux qui exercent leur droit à la liberté d’expression, de rassemblement pacifique et d’association« .

Les différents Occidentaux ont salué cette « divine surprise », tout en pointant les « insuffisances » du texte. Ainsi Hillary Clinton, tout en saluant l’initiative russe, précise qu’il y a dans le projet « certains points que nous ne sommes pas disposés à soutenir« . Idem pour le Quai d’Orsay qui, par la voix de son porte-parole Bernard Valéro, a lâché un « il était temps ! » un rien arrogant . Ou le Foreign Office britannique qui fait savoir que le texte russe « ne correspond pas » à la « gravité de la situation« .

Et c’est vrai que le projet de Moscou maintient que la violence émane aussi des groupes activistes de l’opposition et donc invite à la retenue mutuelle et au dialogue. De surcroît, le texte ne prévoit aucune sanction ou menaces de sanctions. De ces deux points de vue, la Russie maintient le cap sur le dossier syrien. Ce sont là les « insuffisances » déplorées par l’axe euro-américain.

Autre chose à retenir, ce texte est, aux trois-quarts, celui que Moscou avait déjà proposé au Conseil de sécurité, à deux reprises déjà, la dernière fois en septembre. Texte qui avait été dédaigneusement rejeté par les Occidentaux, car ne correspondant vraiment pas à leurs analyses, leurs slogans et leurs projets géostratégiques sur la Syrie.

Les raisons possibles de l’ »évolution » russe

Reste le quatrième quart, l’élément nouveau, qui est une exhortation assez nette adressée à Damas relativement à la violence de la répression. Le représentant russe aux Nations-Unies, Vitali Tchourkine, le souligne lui-même : ce texte « renforce considérablement tous les aspects du texte précédent » et, précise-t-il, « les autorités syriennes sont clairement mises à l’index sur un certain nombre de points« .

Les autorités syriennes mais aussi leurs opposants armés : ce même jeudi 15 décembre, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a été – une fois de plus – très clair sur le sujet : « Nos partenaires(occidentaux au Conseil de sécurité) ne veulent pas condamner les violences des groupes extrémistes contre les autorités légales (de Syrie) ».

Alors qu’ont voulu faire, dire, les Russes avec ce « renforcement » de leur ancien projet ?

A notre avis, à la fois lâcher du lest face aux Occidentaux, en donnant un signe extérieur de « bonne volonté ». Mais aussi, dans un deuxième temps, mettre ces mêmes Occidentaux devant leurs responsabilités ; en substance, Moscou dit à l’Ouest :   »Soit, nous condamnons toutes les violences en Syrie, et nous vous proposons de nous mettre d’accord sur cette base, pour imposer un dialogue entre toutes les parties syriennes. C’est bon pour vous ? »

C’est, quand même, tenter d’amener l’ennemi sur ses positions. Car en face on ne veut pas entendre parler de responsabilités partagées dans les violences ; on s’accroche à la fable du peuple en légitime défense – via l’ASL – contre la violence dominante d’un pouvoir assiégé. C’est d’ailleurs pour ça que les Clinton, Hague, Juppé et autres Araud jugent le texte russe « insuffisant« . Bref, Clinton et ses suiveurs transatlantiques soient acceptent les termes russes – qui vont contre leur doxa – soit ils les rejettent et on revient à la case départ, sauf que le camp occidental aura été pris en flagrant délit d’intransigeance, de mauvaise volonté et de mauvaise foi.

Poutine : petite phrase, grandes implications

Certains commentateurs occidentaux pourraient être tentés de relier cette évolution russe à l’affaiblissement politique du binôme Poutine-Medvedev à l’issue des récentes législatives. A notre avis, ils auraient tort. Parce que Poutine – dont le parti a quand même obtenu presque 50% des voix à lui tout seul – reste de très loin le candidat le mieux placé pour la présidentielle russe. Ensuite parce que les deux principales forces d’opposition au pouvoir russe, le Parti communiste et l’extrême droite nationaliste – respectivement 20 et 11% des suffrages – campent sur les mêmes positions que Poutine et Medvedev en matière de politique étrangère, qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Iran et ou rôle de Washington et de l’OTAN en général.

Vladimir Poutine l’a dit tout récemment devant des dizaines de millions de téléspectateurs russes : « Les Américains ne veulent pas d’amis, ils veulent des vassaux !« . C’est cette petite phrase qui donne, à notre avis, la clé de l’attitiude russe, sur la Syrie et la confrontation avec l’axe occidental. On s’efforcera de faire baisser le ton et les tensions, mais on ne lâchera rien sur l’essentiel, parce que la Russie et ses alliés sont l’objet d’une guerre, froide voire tiède, de la part des statèges et idéologues néoconservateurs à l’oeuvre et au pouvoir des deux côtés de l’Atlantique.

Et donc, les Russes ne « lâcheront » pas la Syrie.

Poutine face aux téléspectateurs russes, le 15 décembre : il ne sera pas le "vassal" de l'Oncle Sam

Poutine face aux téléspectateurs russes, le 15 décembre : il ne sera pas le "vassal" de l'Oncle Sam

 

 

 

Source : INFOSYRIE

 

 

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