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06 décembre 2011

Mamadou Koulibaly: « Pourquoi punir et juger le seul Gbagbo? »

 

Mamadou Koulibaly président du tout nouveau parti LIDER.gif
« Ni Gbagbo ni Ouattara » est la ligne politique de celui qui fut un proche de l`ancien président. Sans complaisance avec ses ex-camarades du FPI, le président sortant de l`Assemblée nationale, l`est également avec le nouveau pouvoir. Progressivement écarté par l`ancien chef de l`Etat pour avoir dénoncé les excès du régime des refondateurs, exilé au Ghana pendant la crise post-électorale puis évincé, début juillet, du Front populaire ivoirien (FPI) après son retour au pays pour « trahison », le futur ex-président de l`Assemblée nationale, a créé son parti, Liberté et Démocratie pour la République (Lider). Premier test: les législatives du 11 décembre. Horizon plus lointain, la présidentielle de 2015. 

Que pensez-vous du transfert de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale (Cpi)?

Mamadou Koulibaly: Pourquoi juger et punir le seul Gbagbo ? La mission d`une classe politique n`est pas de conduire son pays à la guerre. Nous sommes tous, je dis bien tous, responsables de ce qui s`est passé. Mais là, nous sommes confrontés à la justice des vainqueurs, qui punit Gbagbo et les vaincus au nom des crimes qu`ils auraient commis et absout Ouattara et ses troupes au nom des crimes dont ils auraient été victimes. Or les deux camps ont commis des crimes. Il ne peut y avoir de réconciliation sans justice équitable ... 

Six mois après l`arrivée au pouvoir d`Alassane Ouattara, quelle est votre perception de l`état général du pays?

Le président Ouattara ne fait que violer les textes. Ainsi de notre loi fondamentale, lorsqu`il a pris un décret pour nommer le nouveau président du Conseil constitutionnel, Francis Wodié, en remplacement de Paul Yao N`dré, qui n`avait pourtant pas démissionné. Il a fait de même avec les membres de la Commission électorale, largement en sa faveur. Puis l`Assemblée nationale: notre constitution précise que son mandat expire après les élections législatives. Ouattara lui, a décrété que le mandat avait expiré en 2005...C`est d`autant plus ubuesque que, depuis cette date, le Parlement a voté une quarantaine de lois qui sont en vigueur et utilisées par le pouvoir. L`Assemblée serait donc illégale, mais les lois qu`elle a adoptées, non...
Enfin, le président a décidé d`augmenter le nombre de députés, sans aucun critère précis, démographiques ou autres, et d`affecter ce surcroît, à certaines circonscriptions sans explication ni justification. Comme il a supprimé, toujours sans la moindre consultation, le financement public des partis politiques. Le fait du prince est érigé en mode de gouvernance. C`est grave. 

Quel est, selon vous, l`enjeu majeur des législatives du 11 décembre?

Ces élections auraient dû permettre de poursuivre le processus de réconciliation. Compte tenu des comportements que je viens d`évoquer et du fait que toute la classe politique n`y participe pas, je doute de l`intérêt de ce scrutin. On peut se demander d`ailleurs, s`il n`aurait pas fallu inverser les priorités: la réconciliation et l`apaisement d`abord, les élections ensuite. 

Et concernant Lider, votre formation politique, quels sont vos objectifs?

Nous présentons douze candidats dans huit circonscriptions. Nous voulons poursuivre l`implantation nationale de notre parti créé il y a quatre mois, nous tester lors d`une campagne électorale, aguerrir nos candidats qui vivent là, pour la plupart, leur première expérience politique. Pour être franc, si nous avons un député à l`Assemblée, ce sera déjà bien ... 

Comment qualifieriez-vous votre formation? De droite? De gauche?

Cette compartimentation n`a aucune valeur en Côte d`Ivoire. Gbagbo était de gauche. A-t-il mené une politique en adéquation avec ses principes? Je pourrais dire la même chose de Bédié ou de Ouattara, censés être de droite. Dans la pratique, ils font tous pareil: ils obéissent au pacte colonial hérité des accords de coopération signés avec la France après l`indépendance. Nous, nous défendons l`économie de marché, la liberté d`entreprise et la propriété privée, en refusant qu`un tuteur nous guide en fonction de ses intérêts, sur la voie de la mondialisation. 

Jeune Afrique

 


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