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10 novembre 2011

Côte d'Ivoire: Soro reste à la Primature, le PDCI encore floué

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Alassane Ouattara aurait informé Claude Guéant de sa décision de maintenir l’ex porte-parole de la rébellion ivoirienne au poste de Premier ministre. En dépit de ce que diront les urnes dans cinq semaines. Crise au sein du RHDP en vue.

L’information est donnée par le site internet de Jeune Afrique. «Selon une source autorisée, Guéant [le ministre français de l’Intérieur] et Ouattara ont évoqué l’avenir de Soro lors de leur tête-à-tête. Le président ivoirien a confié que le Premier ministre ‘’sera maintenu après les législatives’’», révèle l’hebdomadaire parisien spécialisé sur
l’Afrique. Au détour d’une petite phrase, une bombinette est ainsi lancée dans le jardin politique ivoirien.

L’on ne s’attardera pas sur la forme, même si la scénarisation de cette «fuite» voulue alimentera à raison les accusations de «gouvernance téléguidée» de la Côte d’Ivoire depuis Paris, dans la mesure où Ouattara réserve la primeur de sa décision à l’éminence grise de la Sarkozie, comme si elle devait nécessairement être validée par la «métropole».

Une chose est sûre : l’annonce de Ouattara, qui vient à la suite d’une subtile campagne de communication menée à coups de «confidentiels» dans la presse afro-parisienne, vient confirmer ce qu’une partie du microcosme politique abidjanais subodorait déjà. Floué lors de la formation du gouvernement Ouattara I, le PDCI, à qui la Primature avait été promise entre les deux tours de la présidentielle, sera de nouveau «roulé dans la farine» lors de la formation du gouvernement qui viendra après les législatives. Et qui nous avait été vendu comme un gouvernement de technocrates, destiné à faire «tourner» le pays après la pacification devant être menée par Soro, parce qu’il «contrôlait» les chefs de guerre. Pourquoi l’ancien porte-parole du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI, rébellion) ne va-t-il plus, comme cela semblait être prévu, à l’Assemblée nationale, pour tenter de s’emparer du perchoir, donc du «dauphinat» ? Mystère et boule de gomme.

Comment le PDCI réagira-t-il maintenant que cette information capitale est tombée dans le domaine public ? Au-delà des transactions politiques entre les alliés du Rassemblement houphouétiste pour la démocratie et la paix (RHDP), cette annonce du maintien de Guillaume Soro pose un véritable problème démocratique. Dans quel pays au monde le président de la République peut-il affirmer, avant une grande consultation aussi importante que les élections législatives, qu’il maintiendra en fonction un Premier ministre tirant sa«légitimité» des armes, quel que soit le résultat ? Le signal que les Ivoiriens peuvent envoyer à l’occasion des législatives est-il donc sans importance ?

Plus profondément, l’exécutif ne pouvant dissoudre le législatif, et étant obligé, dans le cadre de la Constitution ivoirienne, de faire passer ses lois par l’Assemblée nationale – qui doit en principe permettre ou pas au chef de l’Etat de gouverner par ordonnances, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui –, comment Ouattara gouvernera-t-il donc si le Parlement qui sort des futures législatives refuse d’accorder, d’une manière ou d’une autre, sa confiance à Guillaume Soro ? Cette annonce prématurée renforcera ceux qui, dans la classe politique ivoirienne, considèrent que le scrutin qui vient est verrouillé d’avance pour donner une majorité absolue non pas au RHDP, mais au RDR. Et de manière personnelle, à Alassane Ouattara.

Philippe Brou

 

 

Source ; CAMEROONVOICE

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