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06 novembre 2011

Présidentielle au Liberia : Sirleaf accuse Tubman de violer la Constitution en boycottant le second tour

 

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À quatre jours du second tour de l'élection présidentielle au Liberia, le candidat de l’opposition Winston Tubman a appelé ses partisans à boycotter le scrutin, plongeant ainsi le pays dans l’incertitude. La présidente sortante Ellen Johnson-Sirleaf s'insurge contre ce qu'elle considère comme un viol de la Constitution, l'organisation d'un second tour étant obligatoire.

 

Vendredi soir, Winston Tubman  a mis ses menaces de boycott à exécution. « À quatre jours » du vote prévu mardi prochain, « nous informons officiellement le peuple libérien et le monde que le Congrès pour le changement démocratique (CDC, son parti) ne peut pas participer au scrutin du 8 novembre. Nous appelons tous les partisans du CDC, tous les sympathisants et tous les Libériens à ne pas se rendre aux urnes le 8 novembre », a déclaré-t-il au cours d'une conférence de presse dans la capitale du Liberia.

Économiste et diplomate, Winston Tubman (32,7% au premier tour), neveu de l'ancien président William Tubman, devait en principe affronter la présidente sortante et prix Nobel de la paix 2011, Ellen Johnson Sirleaf (43,9%), soutenue par l’ancien chef de guerre, Prince Johnson, arrivé troisième au premier tour (11,8%). En agissant ainsi, le candidat de la CDC estime que le chef de l'État qui sera issu du scrutin de mardi n'aura « pas de mandat national à gouverner et ne sera pas reconnu par le CDC ».

« Winston Tubman a appelé les Libériens à abandonner leur droit de vote. Il a appelé les gens à violer la Constitution », a réagi Sirleaf dans une déclaration à la Nation au siège de la présidence à Monrovia. « Quand vous commencez à violer la Constitution, où vous arrêterez-vous ? », a-t-elle poursuivi. « Ne succombez pas à l'intimidation, ne laissez pas votre pays se faire prendre en otage », a-t-elle conclu en appelant les Libériens à aller voter mardi « pour le candidat de (leur) choix, pour la paix et la démocratie ». Selon la présidente par intérim de la commission électorale nationale (NEC), Elizabeth Nelson, la décision de M. Tubman ne change rien sur le plan pratique à l'organisation du second tour qui est une obligation « constitutionnelle ».


Axe Tubman-Weah

Winston Tubman, qui est soutenu par l'ex-star du football international George Weah, très populaire au Liberia, a également appelé « tous les partisans du CDC à se rendre au siège national du CDC à compter de demain, samedi 5 novembre ». « Nous organiserons une veille, une manifestation silencieuse nationale pour la paix et une élection transparente », a-t-il indiqué. Cette manifestation silencieuse « nous rappellera, à tous, l'énorme prix que les Libériens ont payé, dans le sang, pour nous permettre d'arriver à la démocratie et à la paix dont nous jouissons aujourd'hui », a-t-il expliqué, en référence aux guerres civiles qui, de 1989 à 2003, ont ravagé le pays et fait quelque 250 000 morts.

Le boycott de Winston Tubman semblait ces derniers jours inéluctable.« Le CDC ne juge pas faisable sa participation à l’élection du 8 novembre, et ce même si tous les changements que nous demandons sont effectués aujourd’hui. Tout simplement parce qu’il est impossible de les mettre en place et de reconstruire tout le système électoral », avait préalablement déclaré Georges Solo, le porte-parole du CDC.


Démission du président de la NEC

Georges Solo avait expliqué que le CDC estimait que la NEC n’a « jamais eu l’intention d’étudier en profondeur les problèmes soulevés par le Congrès pour changement démocratique, ni de les résoudre ». Winston Tubman, 70 ans dénonce avec d'autres opposants des fraudes commises au premier tour du 11 octobre. Face aux menaces de boycott de Tubman, le président de la NEC, James Fromayan, a démissionné contraint et forcé, le 31 octobre dernier.

Le président du CDC avait salué comme « un pas dans la bonne direction » le départ de celui qu'il rendait en partie coupable de ces fraudes au profit de la présidente sortante, mais il exigeait désormais, en échange de sa participation, la restructuration de la NEC, pour garantir un second tour « libre et transparent ». Dans une lettre adressée au CDC jeudi, la commission avait réagi en qualifiant ces demandes d’irréalistes et de non raisonnables, et affirmé que les élections auraient bien lieu le 8 novembre.


Lourdes conséquences

L’absence de Winston Tubman pourrait avoir de lourdes conséquences dans un pays encore hanté par le spectre des guerres civiles (1989-2003) où la présence de mercenaires libériens et ivoiriens armés, rentrés récemment de Côte d'Ivoire où ils ont combattu pendant le conflit postélectoral, inquiète.

La Cedeao avait décidé jeudi d’envoyer 200 observateurs électoraux supplémentaires au Liberia et de convoquer Winston Tubman à Abuja où il a eu un entretien avec le président nigérian Goodluck Jonathan sans que cela ne le fasse infléchir sa position « Je remercie (le président Jonathan) pour le sérieux avec lequel il continue de traiter la situation électorale actuelle au Liberia. Je crois qu'on a eu des échanges francs, nous maintenons le contact », a-t-il déclaré.


source : jeuneafrique.com

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