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25 octobre 2011

Une Affaire de Réconciliation nationale

banny.jpg"Réconciliation nationale”; voilà près d’une décennie que tu hantes nos quotidiens, que tu squattes nos esprits et nos médias, et que tu martyrises nos tympans. Certes, la réconciliation est un idéal à poursuivre, mais qui se réconcilie avec qui, pour quelle raison et dans quel but?

Diderot ne disait-il pas que « lorsque les haines ont éclaté toutes les réconciliations sont fausses » (cf. Principe de politique des Souverains) ? Souvenons-nous que se réconcilier, c’est se remettre d’accord ensemble lorsqu’on est en de mauvais termes? Pourtant, depuis le pompeux Forum de Réconciliation Nationale du 11 octobre 2001, fort est de constater qu’en lieu et place de se remettre d’accord ensemble, les acteurs politiques ivoiriens se sont immergés dans un océan de violences, d’hypocrisie et de mensonge. Notre pays s’illustre une fois de plus par ses exceptions on ne peut plus particulières; une fois de plus il demeure unique en son genre, l’unique nation où un conflit armé éclate quelque mois après un forum de réconciliation nationale.

Quel gâchis! Les espoirs d’honnêtes citoyens bafoués sur l’autel de la soif de pouvoir et des intérêts égocentristes de la classe politique ivoirienne. Des jours entiers de discours apaisés prononcés avec des armes cachées dans le dos.« On nous réconcilia; nous nous embrassâmes, et depuis ce temps là nous sommes ennemis mortels ». Brillante citation de Lesage (cf. Le Diable boiteux) qui est très pertinente en ce qui concerne les cas ivoirien et qui nous fait douter de toutes ces manœuvres grandioses de réconciliation.

Et pourtant, dans le monde entier, et même plus près de nous en Afrique, des exemples font école: Afrique du Sud, Tchad, Libéria, Sierra-Leone, pour ne citer que ceux là. Pourquoi eux et pas nous? De quels élixirs miraculeux se sont-ils servis pour réussir leur réconciliation? Peut-être se sont-ils simplement servis de personnes idéales pour guider le processus. Ou encore peut-être ont-ils attendu le bon moment et utilisé les bonnes formules, ou ciblé les bons antagonistes. Ou alors ont-ils tout simplement compris que la réconciliation est quelque chose de bien trop sérieux pour être prise à la légère. Retenons simplement que selon Jean Hatzfeld, « la réconciliation, c’est le partage équitable de la confiance ». La mise en confiance des protagonistes pourrait donc être la clé de voûte de toute l’entreprise. Mais le point d’achoppement essentiel demeure: comment faire renaître la confiance après toutes ces cruautés, cette barbarie, cette hypocrisie et cette haine?

En ce qui nous concerne, la solution, la vraie, réside en ce que la réconciliation nationale tant prônée se trompe de cibles. En effet, dans notre quotidien, force est de constater que les Ivoiriens dans leur ensemble, sont un peuple paisible et uni, du fait du brassage et du métissage très poussés. C’est plutôt nos politiciens qu’il faut réconcilier. Ce sont les politiciens qui divisent, qui manipulent, qui attisent la haine. Il est impérieux de réconcilier les politiciens avec la politique elle-même. Il est fondamental que nos politiciens assimilent une bonne fois pour toute que la politique est un instrument de développement humain, économique et social. Ce sont aussi nos médias qu’il faut réconcilier, réconcilier avec eux-mêmes, et réconcilier avec le professionnalisme et l’éthique qui doivent recouvrir leurs activités.

« De quelles souffrances l’humanité n’est-elle pas affligée parce qu’elle ne sait pas se réconcilier! » proclamait Jean-Paul II lors de la célébration de la journée mondiale de la paix le 1er janvier 2002. En effet, nos pseudos réconciliations ne font que plonger nos nations dans une spirale de ressentiments, de vengeance et de violence. En ce qui nous concerne, seules les jeunes générations peuvent réconcilier la nation ivoirienne. Toute réconciliation prône le pardon, mais pas l’oubli. On peut pardonner, mais on ne peut pas retirer de son cerveau les traumatismes, la haine et la cruauté subis. C’est en cela que nos progénitures doivent être formées à ne plus retomber dans nos travers. La réconciliation passe par l’exacerbation d’un “nationalisme patriotique” qui permettra de faire passer l’intérêt national au-delà de nos intérêts ethniques et régionaux. L’éducation civique et morale doit revenir au premier plan, de même qu’un service civique obligatoire rigoureux et non discriminatoire, imposé à tout citoyen,comme celui entrepris par le Ghana sous l'ère Jerry Rawlings ou par Cuba.

Il nous faut renouer avec toutes ces valeurs qui fondent la nation ivoirienne, son emblème, le salut au couleur obligatoire dans toutes les écoles et dans tous les services de l’administration publique. Mais le plus important il nous faut renouer avec l’outil fondamental de régulation des sociétés humaines: la justice. Car la vérité ne prévaut que par la justice. Et c’est sur ce point que la réconciliation à l’ivoirienne a toujours du mal à prendre son envol.

Le père de la Nation, feu le Président "Félix Houphouët-Boigny"  affirmait (reprenant la citation de Goethe face aux récurrentes manifestations d’étudiants) « entre l’injustice et le désordre, je préfère l’injustice ». En d’autres termes, il considère que l’ordre public est un enjeu bien plus important que la justice. C’est un point de vue qui pourrait se concevoir si et seulement si l’ordre et la tranquillité publics étaient garantis à tout citoyen de ce pays. Pour l’histoire de notre brave Côte d’Ivoire, il faut reconnaître que l’injustice est à la base de beaucoup de désordre, nous rendant ainsi perplexes face à cette citation.

Par ailleurs, il est important que les acteurs politiques retiennent que, au-delà de la justice des tribunaux, le besoin essentiel des ivoiriens ne réside pas en des campagnes de réconciliation nationale enrobées d’hypocrisie comme on y a eu droit jusqu’à présent. La réconciliation nationale, la vraie consiste à remettre toute une nation au travail, à garantir l’accès droits essentiels et à répartir équitablement les devoirs entre tous les citoyens.

Il est vrai que « les morts se prêtent aux réconciliations avec une extrême facilité » (cf. Anatole France, Les jardins d’Epicure), mais il est vain de penser que tuer tous ces ennemis est un gage de stabilité. De même retenons qu’il ne peut y avoir de réconciliation nationale sans désarmement et encasernement des ex-combattants, car le chien ne changeant jamais sa manière de s’asseoir, ils ne se lassent jamais de continuer la sale besogne, accroissant de fait la fracture existante.

Pour finir, il est certain que nous avons déjà fichu la grande pagaille dans ce pays, nous avons atteints des sommets en ce qui concerne la violence et la cruauté. Vu que seuls les imbéciles ne changent pas, ressaisissons-nous, ayons le dépassement nécessaire pour léguer une Côte d’Ivoire debout, et non pas des cimetières et un abîme de haine et de misère à nos enfants.

Que Dieu bénisse la Terre d’Ivoire.


Une Contribution de Legrey Raynes

 

Source  : penseesnoires.info

 

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