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12 octobre 2011

L’Afrique francophone est en retard sur sa voisine anglophone

afrique-francophone-anglophone.jpgL’Afrique francophone est à la traîne quand on la compare à son homologue anglophone. C’est la tendance qui se dessine sur les 10 dernières années et que mesurent tous les indices de développement économique.

L’écart inquiétant qui se creuse entre l’Afrique de l’Ouest francophone et l’Afriquede l’Est essentiellement anglophone se voit d’abord à travers les chiffres de la croissance. Les pays membres de la communauté de l’Afrique de l’Est (Kenya, Tanzanie, Ouganda, Burundi, Rwanda) croissent bien plus vite (5,4 % l’an en moyenne sur la décennie) que les pays membres de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) dont la croissance moyenne est seulement de 3,4 %.

Il y a également une fracture numérique entre ces deux Afriques. Les pays anglophones (Nigéria, Afrique du Sud, Kenya, Ouganda, Soudan et Zimbabwe) trustent les premières places du classement africain de l’accès à Internet tandis qu’aucun pays francophone ne se retrouve dans le top 10. Les chiffres du nombre d’étudiants suivant des cours en ligne sont éloquents et décrivent la même réalité. Alors que le nombre des étudiants qui s’instruisent en ligne est supérieur à 200 000 en Afrique du Sud et à 13 000 dans les universités du Botswana, on en dénombre 6 300 pour l’ensemble des pays africains francophones!

L’environnement des affaires semble également plus favorable en Afrique de l’Est si l’on en croit le classement Doing Business, un classement réalisé chaque année par la Banque mondiale. Les pays anglophones figurent en tête année après année, tandis que les pays francophones sont globalement relégués en queue de peloton.

Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer cette situation alarmante. La première tient au CFA, cette monnaie unique que partagent la plupart des pays francophones d’Afrique. Les pays membres de l’UEMOA, s’ils partagent la même monnaie, commercent peu entre eux, l’essentiel des échanges se faisant avec le reste du monde. Dans ce contexte, la force de l’euro (auquel est solidement rattaché le franc CFA) pèse sur la compétitivité des économies d’Afrique de l’Ouest comme le montre si bien l’interview du Pr. Agbohou réalisée par Terangaweb. Selon Jean-Michel Severino, ancien directeur de l’Agence française de développement (AFD) et co-auteur de Le Temps de l’Afrique, « l’Afrique de l’Ouest aurait intérêt à évoluer vers un régime de change permettant de prendre en compte l’évolution de l’euro, mais aussi du dollar et du yuan. Les économies ouest-africaines y gagneraient, mais c’est une décision qui doit revenir aux dirigeants africains ».

Derrière le CFA, c’est dans le passé colonial et postcolonial des pays africains qu’il faut aller chercher les autres raisons du retard de la partie francophone. La colonisation française s’est souvent traduite par la réplication de la culture, de l’administration et de l’organisation françaises dans les colonies tandis que les colons anglais ont montré un peu plus de souplesse dans leurs méthodes et ont laissé une marge de manœuvre et d’autodétermination non négligeable à leurs colonies. A la suite des indépendances, l’Angleterre a accepté de réduire son influence en Afrique et de laisser ses anciennes colonies décider de leurs politiques économique, budgétaire et sociale. La France, au contraire, est fortement restée dominante et maître de son pré-carré et cette relation avec ses ex-colonies, souvent faite de réseaux occultes et nommée la Françafrique a toujours cours – même si elle paraît diminuée. Cette relation de paternalisme a sûrement joué un rôle important dans le retard aujourd’hui accumulé par l’Afrique francophone quant à la gestion professionnelle de l’Etat, à l’efficacité de l’administration et à la qualité de l’environnement des affaires.

Mais au lieu de fouiller longuement dans le passé et de ressasser sans cesse les raisons exogènes des échecs de l’Afrique francophone, il nous paraît plus productif de prendre la mesure de la situation actuelle et de nous tourner résolument vers le futur. Il n’est pas normal qu’à l’heure où le Ghana, le Nigéria ou le Kenya se tournent vers les marchés financiers, élaborent des projets d’investissement bien ficelés et esquissent une politique budgétaire rigoureuse, que le Bénin, le Togo ou le Sénégal s’intéressent plutôt à l’aide publique au développement et au soutien des partenaires internationaux. Il n’est pas normal que les pays francophones continuent avec leur tradition d’appels d’offres douteux, d’ignorance des standards mondiaux et de mépris de l’excellence quand plusieurs pays anglophones font appel à des cabinets de renommée internationale pour gérer des dossiers importants comme la libéralisation du marché des Télécoms et que ces derniers vont chercher des compétences et une expertise de classe mondiale pour s’occuper des affaires vitales pour leur économie.

Quand le président de Bank of Africa, Paul Derreumaux, dont la banque est présente dans onze pays africains dit qu’ « en Afrique de l’Est, les gens sont beaucoup plus ouverts à la compétition qu’en Afrique de l’Ouest », il n’a probablement pas tort. Les mentalités doivent changer. L’Afrique francophone ne peut se permettre d’observer passivement les pays anglophones subsahariens prendre en main leur destin et se lancer avec détermination sur les rails du développement. Aujourd’hui pour un pays comme le Togo, l’exemple n’est plus à aller chercher en Corée du Sud ou au Vietnam mais au Ghana voisin dont la croissance – projetée par le récent rapport de l’OCDE sur les perspectives en Afrique – est fulgurante. Et l’exemple est à copier!

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Source : PENSEENOIRES

 

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